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John Moores – Harry Catterick et la renaissance d’Everton

Champion d’Angleterre en 1938, l’avenir doit être radieux pour Everton. Mais la 2nde Guerre Mondiale met un frein à leur montée en puissance et il faut attendre 1960 et l’arrivée de John Moores et Harry Catterick pour voir Everton chamboulé à jamais : la renaissance du club est imminente alors que deux hommes s’apprêtent à entrer dans la légende.

Olivier Sclavo — 18 janvier 2017
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Après le titre de 1938, il faut attendre 1960 et l’arrivée de John Moores, pour remettre Everton sur le droit chemin. Un nouveau manager – Harry Catterick – débarque aussi, et c’est tout Everton qui sera chamboulé à jamais : la renaissance du club est imminente alors que deux hommes s’apprêtent à entrer dans la légende.

Everton redevient champion d’Angleterre grâce au talentueux Tommy Lawton, digne successeur de Dixie Dean. L’avenir doit être radieux pour l’autre club de Liverpool, mais l’explosion de la Seconde Guerre Mondiale remet tout en question et une période compliquée débute.

Les années 1950 sont particulièrement délicates pour Everton : alors sous les ordres de Cliff Britton, joueur du club de 1930 à 1938, l’équipe est d’abord reléguée en Second Division au début du siècle et ne fait son retour parmi l’élite nationale que pour l’édition 1954-1955. La situation financière du club est également tendue puisque les dirigeants refusent de mettre à disposition les fonds pour améliorer l’équipe.

S’il fait face à cette situation en s’appuyant sur de jeunes joueurs issus du club, il ne peut supporter les interférences des dirigeants dans ses prises de décision et présente sa démission au club au cours de la saison 1955-1956. Il s’insurge dans la presse: tout entraîneur doit avoir la liberté d’exercer la profession pour laquelle il a été nommé. Un comité gère l’équipe jusque la fin de saison ; se succèdent ensuite Ian Buchan et Johnny Carey sur la touche. Mais les saisons se suivent et se ressemblent pour Everton qui termine 15ème ou 16ème cinq saisons durant dans une Football League First Division qui compte alors 22 équipes.

John Moores, les racines du changement

Pourtant, tout change avec l’arrivée en 1960 de John Moores (ci-dessous). Brillant individu à l’œil aiguisé dès lors qu’il s’agit d’argent, il avait créé avec Colin Askham une entreprise de pari sportif – Littlewoods Football Pools – qui était devenue au cours des années 1950 la plus grande entreprise privée du Royaume-Uni.

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John Moores décide pourtant de laisser son frère Cecil gérer l’entreprise pour éviter tout conflit d’intérêt, et peut alors s’investir dans le sport qu’il aime, le football. Il devient actionnaire et président d’Everton en juin 1960, et achète par ailleurs une part importante des actions de Liverpool. Pourtant, c’est bien sur Everton qu’il se concentre : il souhaite faire du club un prétendant au titre, et dépense immédiatement de l’argent sur le marché pour renforcer l’équipe.

Alors emmené par leur capitaine Bobby Collins et toujours sous les ordres de Johnny Carey, Everton réalise une excellente saison 1960-1961 qui se clôturera par une prometteuse 5ème place, alors que le Tottenham de Bill Nicholson deviendra la même année la première équipe du XXème siècle à réaliser le doublé championnat/coupe. Ce n’est pourtant pas Carey qui finit la saison sur le banc d’Everton.

Loin de se satisfaire de cette belle campagne, John Moores continue en coulisse de donner l’impulsion nécessaire à la réussite du club et prend une décision radicale. Six jours après une large victoire 4-0 face à Newcastle, il décide de se séparer de son entraîneur, qu’il limoge le 14 avril 1961 d’une façon restée célèbre – à l’arrière d’un taxi. Moores justifie sa décision « Carey était un homme bon, honorable et un bon tacticien, mais il n’était complètement dévoué. Il n’était pas un entraineur en survêtement. Il n’y avait pas tant de discipline que ça chez les joueurs. »

Harry Catterick, la pièce manquante du puzzle

Le lundi suivant, John Moores présente à une réunion du comité directeur le nouvel entraîneur : Harry Catterick. Ancien joueur d’Everton (1946-1951), Catterick s’était depuis lancé dans une carrière d’entraîneur. D’abord passé par Crewe Alexandra puis Rochdale, il avait bâti à Sheffield Wednesday une jeune équipe séduisante, qui terminera d’ailleurs dauphin de Tottenham. Pourtant, juste avant la fin de la saison, il démissionne de son poste et rejoint Everton – club qu’il supporte depuis toujours – : l’histoire ne saura jamais qui de l’offre ou de la démission a entraîné l’autre.

L’ironie du sort veut qu’Harry Catterick assiste depuis le tribune au match suivant d’Everton, en déplacement à Sheffield Wednesday : s’il est le réceptacle des sifflets, c’est bien Everton qui l’emporte sur le score de 2 buts à 1. Pour le dernier match de la saison, et son premier sur le banc des Toffees, Catterick voit les siens écarter Arsenal sur le score de 4-1.

La mission de Catterick s’annonce tendue : il doit satisfaire un brillant businessman qui ne pense qu’à la victoire, et qui a pour mot d’ordre « En étant au sommet on doit s’attendre à de terribles bourrasques ». Moores a pour ambition de faire renaître Everton : depuis la fin des années 1920 jusque la guerre, le jeu attrayant de l’équipe d’alors – emmenée par le fabuleux Dixie Dean – avait fait gagner au club le surnom de ‘School of Science’.

 

Bill 'Dixie' Dean of Everton shoots for goal at Goodison Park

Bill ‘Dixie’ Dean à la frappe à Goodison Park

Il fallait donc être à la hauteur de cet héritage ; autant dire que la pression pèse sur les épaules de Catterick comme jamais auparavant. Dès son arrivée au club, celui-ci réussit pourtant à imposer sa patte avec efficacité. Face au laxisme de Johnny Carey, Harry Catterick tranche par sa dureté, sa détermination et son ambition. Ponctualité et discipline deviennent les mots d’ordre du club. Sans faire de sentiments, l’Anglais réorganise le staff.

L’un des préparateurs, Tommy Jones, témoigne: « C’était un homme de fer. C’était clairement un très bon gestionnaire d’hommes mais vous ne saviez jamais sur quel pied danser avec Harry Catterick. C’était le genre de personne qui pouvez discuter avec vous comme si vous étiez son meilleur ami et vous ignorer complètement le jour suivant, comme si vous n’éxistiez pas». Les joueurs notent très rapidement le changement: ils sont dorénavant les troupes d’un général juste mais intransigeant, qui demandent à ses hommes une implication totale. La célèbre ‘Bollocking Room’, située sur le Goodison Road, sera d’ailleurs le témoin privilégié d’un grand nombre de sévères réprimandes conduites par Catterick en personne.

Le départ de Bobby Collins, une erreur compensée

Le début de saison 1961-1962 est pourtant mauvais ; Everton est notamment miné par les blessures malgré la grande attention portée à la condition physique par le staff. L’un de ces blessés n’est autre que Bobby Collins. Capitaine du club depuis plusieurs saisons, Collins est un footballeur très talentueux : attaquant intérieur, il allie les qualités de dribbleur, passeur et buteur à un très fort caractère qui lui vaut d’ailleurs le surnom de ‘Pocket Napoleon’.

Figure centrale et adulée du club, Collins est pourtant sur le point d’être vendu par ‘The Catt’ – en cause : l’âge, les blessures et une perte de forme que Catterick pense irrémédiable. Si la vente de son capitaine marque l’intransigeance avec laquelle l’Anglais compte gérer son équipe, elle s’avère être un mauvais coup. Acheté pour £20.000 par Leeds (ci-dessous) – alors en Second Division -, Bobby Collins allait être le point de départ de la révolution lancée par Don Revie et qui allait voir Leeds devenir l’une des meilleures équipes du pays et a fortiori un féroce concurrent des Blues. Il allait par ailleurs devenir le mentor de Billy Bremner, que Catterick voulait et devait initialement récupérer dans le deal.

 

La balle au chaud

La balle au chaud

Le départ en cours de saison de Bobby Collins est compensé par l’arrivée de Dennis Steven, un attaquant physique et travailleur qui souffrira cependant de la comparaison avec son prédécesseur. Arrive aussi en mars un jeune gardien de but, Gordon West, acheté à Blackpool pour £27.500. Sur le terrain, les choses se sont depuis améliorées : les excellents résultats d’octobre, novembre et décembre ont lancé la saison d’Everton ; une saison bouclée par ailleurs sur les chapeaux de roues.

Les hommes de Catterick ne perdent qu’une rencontre sur les 13 dernières, et terminent à une prometteuse 4ème place. À la surprise générale, c’est le promu Ipswich Town, entraîné par Alf Ramsey, qui emporte le titre suprême.

D’un point de vue qualitatif, Harry Catterick a assemblé une équipe offensive qui cherche autant à gagner qu’à divertir. Le principe est clair : gagner à domicile – à une époque où les victoires n’apportent que deux points -, et obtenir le match nul à l’extérieur. En coulisse, Everton prend aussi forme. Véritable directors’ manager, Catterick construit une solide relation de travail avec John Moores : l’entraîneur a un droit de regard sur tous les aspects du club, notamment les finances ; Moores se contente lui de poser des questions mais n’interfère jamais ni ne dicte les décisions à Catterick.

Par ailleurs, ce dernier termine sa transition de tracksuit manager à celle de suit-and-tie manager. S’il supervise quelques fois les entraînements, il délègue la majorité de ce travail à son homme de confiance, Tommy Eggleston.

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A l’aube de la nouvelle saison 1962-1963 (ci-dessus), Harry Catterick affiche clairement ses ambitions dès lors qu’il annonce que son équipe est prête à jouer le titre. A ses côtés, le président Moores est comme toujours sur la même longueur d’onde en annonçant dans le programme du premier match de la saison contre Manchester United : « Cette saison nous espérons aller plus haut en au classement ! Rien en dessous du sommet ne nous satisfera ».

La mue en champion d’Angleterre

Il faut dire que Catterick se construit petit à petit une équipe très compétitive via le marché des transferts, ce qui lui donnera le surnom de ‘Cloak and Dagger’. Il agit sur le marché des transferts avec beaucoup de malice ; il ne dévoile aucune de ses intentions – décide même de mentir ouvertement parfois – que ce soit à ses joueurs, à la presse ou aux fans par peur de réveiller les ardeurs de concurrents. Tout est réalisé en discrétion : il a ainsi poussé les dirigeants de Liverpool à lui vendre l’ailier Johnny Morissey – puissant et fin techniquement – sans même que l’entraîneur Bill Shankly y ait consenti ; un Bill Shankly qui venait par ailleurs de faire remonter Liverpool en Football League First Division, ce qui allait donner lieu à l’établissement d’une rivalité entre deux entraîneurs au caractère totalement opposé.

Cette fois-ci, la saison démarre très bien pour les Blues. Everton ne perd que trois des 23 premières rencontres, et caracole en tête du championnat fin décembre. Pourtant, tout le Royaume-Uni est frappé par une terrible vague de froid, il s’agit d’un des hivers les plus rudes de l’histoire qui voit les paysages nationaux être recouverts d’un doux manteau blanc. Dans ces conditions, les matchs de football ne peuvent avoir lieu et le championnat est mis en suspens jusque mi-février.

Harry Catterick profite de cette coupure pour investir de nouveau sur le marché des transferts, prévoyant l’accumulation de matchs auxquels devront faire face ses joueurs à la reprise du championnat. Il achète d’abord Tony Kay, pour £60.000 en provenance de Sheffield Wednesday. Milieu gauche, Kay était le capitaine de Catterick avant que ce dernier ne rejoigne Everton, et puisqu’il le tenait en haute estime, beaucoup de spécialistes se demandaient à l’époque pourquoi Kay n’avait pas encore rejoint son mentor à Goodison Park.

Critiqué car signé pour remplacer le jusqu’alors très performant Brian Harris, cette arrivée allait se révéler payante : Catterick considère cette signature comme la meilleure qu’il ait réalisé, malgré la future suspension de Tony Kay dans le scandale des matchs truqués de 1964. Une anecdote racontée par Brian Harris illustre parfaitement les agissements du ‘Cloak and Dagger’ : alerté des diverses rumeurs quant à l’arrivée de Tony Kay, Harris s’en était allé trouver Catterick pour avoir des explications ; celui-ci assure pourtant à son joueur qu’aucune arrivée n’est prévue et que son poste de titulaire n’est pas donc en danger. L’après-midi même, Tony Kay était pourtant officiellement annoncé comme recrue d’Everton.

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Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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