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Brian Clough, de Derby à Leeds – Partie 1

Dans une série en deux parties, Heristage et Offside vous propose de retracer la légende Brian Clough. Retrouvez les grands moments qui ont marqué cette période cruciale (été 1972 – été 1974).

Rémi Carlu — 29 novembre 2016
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Dans une série en deux parties, Heristage et Offside vous propose de retracer la légende Brian Clough. De sa riche et passionnante vie, c’est son passage de Derby à Leeds qui nous intéressera : entre performances sur le terrain et jeux de pouvoir en coulisse, force de caractère et rivalités exacerbées, retrouvez les grands moments qui ont marqué cette période cruciale (été 1972 – été 1974).

De l’été 1972 à l’été 1973 : apogée et déception

Lundi 8 mai 1972, Bahia hotel, Cala Millor, Majorque, Espagne. Les joueurs de Derby County – hormis les deux défenseurs Roy McFarland et Colin Todd, alors appelés en sélection – sont réunis, en vacances. A leur côté, Peter Taylor, fidèle assistant de Brian Clough, qui s’en est lui allé aux Îles Scilly, à l’ouest des Cornouailles, avec ses parents, sa femme Barbara et ses enfants, famille qui avait toujours joué un rôle central dans sa vie, et qui le jouerait d’ailleurs jusqu’à la fin de ses jours.

Derby a clos sa saison le lundi précédent, par une brillante victoire 1-0 au Baseball Ground face à Liverpool ; cette victoire a d’ailleurs propulsé les Rams en tête du championnat, devançant l’inusable Leeds United de Don Revie, et ce même Liverpool, alors mené d’une main de maître par le charismatique Bill Shankly. Pourtant, les bookmakeurs ne cotent une victoire finale de Derby qu’à 8/1 : il reste en effet à ses deux adversaires une rencontre à jouer.

Si le samedi 6, Leeds emporte la FA Cup, il reste aux Whites une rencontre à jouer le lundi suivant à Wolverhampton : un nul suffirait à ramener le titre du côté d’Elland Road. En cas de défaillance de Leeds, c’est Liverpool qui pourrait rafler la mise en cas de victoire à domicile contre Arsenal, ce même lundi 8 mai. Face à un possible scénario rocambolesque, Clough et Taylor ont donc décidé d’emmener leurs joueurs à l’étranger pour vivre sereinement le dénouement de cette dernière journée.

 

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Peter Taylor et Brian Clough

Une saison 1971-1972 historique

Toute la saison, Derby n’a pas été considéré comme un potentiel vainqueur. Il faut dire qu’une mauvaise série de prestations à l’extérieur entre octobre et décembre, avec cinq défaites en six déplacements, avait fait prendre du retard aux Rams. Une mauvaise série qui s’était d’ailleurs terminée par une lourde défaite 3-0 à Leeds, qui prenait toujours un malin plaisir à rappeler aux troupes de Clough qu’elle était la force dominante du football anglais.

Pourtant en terme de style de jeu, Derby n’a rien à envier à qui que ce soit. Archie Gemmil raconte dans son autobiographie: « When we lost possession, everybody was expected to go behind the ball as swiftly as possible to make it difficult for opposition to play through us. When we regained the ball, it was a case of all hands to the pump going forward, getting as many white shirts into the opposing penalty area as we could. We played a discipline 4-4-2 ».

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Utopiste, Clough réclame un jeu au sol – il dira un jour que « si Dieu avait voulu que l’on joue en l’air, il y aurait mis de l’herbe » – et du mouvement permanent. Le jeu de passe doit être propre, tout comme le comportement des joueurs sur le terrain, et doit tout autant faire gagner l’équipe que divertir les supporters (troisième meilleure attaque cette saison-là). En défense, il utilise un stoppeur et un relanceur – McFarland et Todd respectivement – pour construire depuis l’arrière. La solidité défensive est primordiale chez Clough, qui adore obtenir des clean-sheets (troisième meilleure défense cette saison-là).

Enfin, l’équilibre de l’équipe est primordial: le 4-4-2 (ci-dessous) ressemble dans les faits plutôt à un 4-3-3 avec un Hinton offensif et buteur à gauche, et un milieu à trois dans lequel McGovern compense les instincts offensifs de ses compères. Une brillante série entre février à avril – huit matchs invaincus, sept victoires, 6 clean-sheets – avait notamment replacé l’équipe dans la course au titre. Première en ce 8 mai 1972, elle ne maîtrisait pourtant plus son destin.

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A la mi-temps, Derby est toujours virtuellement champion, puisque Liverpool est tenu en échec alors que Leeds est mené par Wolverhampton. A Majorque, Peter Taylor est au téléphone avec des reporters anglais qui le tiennent au courant des résultats. À la reprise, Leeds donne tout mais se fait surprendre à 23 minutes du terme alors que Liverpool n’a toujours pas marqué : Derby reste premier.

Pourtant, Bremner réduit la marque pour les Whites et fait trembler Derby ; Wolverhampton résistera cependant aux nombreux assauts pour emporter une victoire surprise. Sur la pelouse d’Anfield, John Toshack se voit injustement refuser un but pour hors-jeu, et Liverpool est tenu en échec. Toujours depuis Majorque, Peter Taylor lève le bras et crie: « We’ve won it ! We’ve won it ! ».

Les dieux du foot étaient avec les Rams ; Derby devient champion d’Angleterre 1971-1972. Les joueurs célèbrent (ci-dessous), aux Îles Scilly, Clough sabre le champagne en famille, et jubile: « I do not believe in miracles, but one has occured tonight. I believe they played four-and-a-half minutes of injury-time at Molineux – it seemed like four-and-a-half years to me. For a team and a town like Derby to win the title is a credit to all concerned ».

Lui qui était arrivé à Derby en 1967 – alors club de Second Division -, lui qui avait patiemment façonné de ses mains et à la sueur de son front une petite équipe de province à son image pouvait exulter, et apercevoir dans les yeux de sa mère, figure centrale de sa vie, « an extra little sparkle as we sipped the champagne and enjoyed the moment ». Il venait de réussir ce que Shankly et Revie avaient fait avant lui, et rien n’empêchait alors de penser que ce succès serait durable.

 

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L’anglais sait se fondre dans la culture locale…

 

Saison 1972-1973: la Coupe d’Europe, enfin!

Et pourtant, le début de saison suivante est délicat : en huit matchs, Derby ne prend que six points et ne marque que six buts, alors que Clough commet une erreur politique en s’en prenant ouvertement aux fans critiquant l’équipe.

Clough a besoin du soutien des fans pour que le rapport de force avec son président Sam Longson soit en sa faveur, une nécessité alors que leur relation se dégrade. Le président Longson ne parvient pas à contrôler son entraîneur impétueux, critique son omniprésence médiathèque – participation à de nombreuses émissions tel The Big Match sur ITV avec Brian Moore – et essaye tant bien que mal de contenir sa jalousie envers Clough à qui seul les lauriers sont décernés pour le succès du club.

Clough lui, connu pour son amour propre et sa fougue, ne respecte pas la hiérarchie interne et prend un malin plaisir à outrepasser les procédures, comme lorsqu’il a dépensé au début de saison £250.000 pour l’arrière gauche David Nish, un record. De ce début de saison morose, une défaite début octobre face à Leeds à Elland Road sur le score de 5-0 reste la plus embarrassante.

 

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L’idole de Toifilou Maoulida

Le parcours de Derby en Coupe d’Europe est lui par contre excellent : les Rams écartent par exemple le grand Benfica en octobre 1972 sur le score de 3-0 – match qui est d’ailleurs le cadre d’une célèbre anecdote de Clough.

Venu à minuit la veille de la rencontre au Baseball Ground pour arroser la pelouse et la rendre boueuse pour limiter le jeu des Portugais, Clough raconte s’être endormi. Une heure plus tard à son réveil, il est trempé et avec « assez d’eau sur le terrain pour accueillir une compétition olympique de plongeon ».Le lendemain, Bob Lord est accompagné du président de la FIFA, l’Anglais Stanley Rous, à qui il présente Clough. Rous s’étonne évidemment de l’état de la pelouse alors qu’il n’a pas plu, et si Lord est bien embarrassé, Clough s’amuse et justifie: « You’ve not heard of the Trent valley peculiarity, known by the Met Office as Trent pressure ? Well, it’s well known by the farmers. We get sudden downpours, you see. It’s to do with the low pressure and humidity from the river Trent – and the Derwent, come to that. The water table under the pitch is lower than that in the street, so we can’t drain off, you see. In fact, we’re famous to be in the mire! ».

Bon, comme pour toutes les anecdotes à propos de Clough, on peut se demander quelle en est la part de vérité, et admirer la sournoiserie du génie anglais.

Un autre épisode permet de saisir la grandeur du génie humain qu’était Brian Clough. Après le match retour face à Benfica – clos sur le score de 0-0 et notable pour l’utilisation d’une défense à trois -, l’équipe se rend en ville pour dîner.

Au beau milieu du repas, Clough interpelle brutalement son défenseur Colin Todd: « Hey Toddy ! Je ne t’aime pas et je n’aime pas ta femme non plus! ». Choquante à première vue, cette interpellation est pourtant toute réflechie: Clough et Taylor ont pris l’habitude d’enquêter sur la vie privée de leurs joueurs pour découvrir leurs points faibles.

Pourtant, rien sur Todd, homme a priori calme, réfléchi, sans histoire. Jugé trop lisse, Clough souhaite voir le joueur s’affirmer et multipliait depuis deux semaines déjà les attaques à son rencontre ; n’ayant pas apprécié l’interpellation à l’encontre de sa femme, Todd se décide enfin le lendemain du match à aller voir Clough dans son bureau pour lui faire part de son mécontentement.

Le défenseur vide enfin son sac, Clough le regarde, calme et tout sourire – avec à coup sûr ce regard vif dans lequel plongeait la lumière avant de s’y trouver reflétée ; avec en somme une expression faciale transpirant toute la malice d’un personnage qui une fois de plus avait obtenu ce qu’il désirait. Enfin, Todd s’affirmait, se défendait. D’ailleurs, à peine l’entretien terminé, Clough envoyait un bouquet de fleurs à la femme du joueur : il avait réussi son coup.

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Rémi Carlu

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