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David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur

Depuis l’Angleterre, les bandes dessinées de David Squires sur le monde du football nous décrochent un sourire chaque semaine. Mais qui est donc cet expatrié qui arrive à supporter Swindow Town depuis l’Australie tout en croquant avec une acidité toute britannique l’actu du ballon rond. Rencontre…

Olivier Sclavo — 7 octobre 2016
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur
David Squires: l’humour au bout du crayon, Swindon Town dans le coeur

Depuis l’Angleterre, les bandes dessinées de David Squires sur le monde du football nous décrochent un sourire chaque semaine. On a donc voulu en savoir un peu plus sur cet expatrié talentueux qui arrive à supporter Swindow Town depuis l’Australie tout en croquant avec une acidité toute britannique l’actu du ballon rond. Rencontre…

Offside! : Nous avions déjà mis tes dessins en avant lors de la coupe du monde au Brésil en 2014, tu peux nous en dire un peu plus sur toi?

David Squires : Je suis né à Swindon et c’est là où j’ai grandi. Quand j’ai commencé à m’intéresser au football au milieu des années 80, Swindon grimpait les divisions une à une. J’ai été emporté par cette vague d’excitation et c’est devenu mon équipe. Ils sont montés de la vieille Fourth Division en Premier League en 7 ans, pendant mon adolescence. Depuis c’est une lente descente mais ça reste mon équipe, même si j’ai quitté la ville en 1994.

Offside! : Il n’y a pas si longtemps,  Swindon a dû bien te faire vibrer contre Sheffield en Play-Off!

David Squires : C’était un match typique pour Swindon. C’était sur le cable en Australie, donc j’étais debout à 4h30 pour le regarder. Je ne suis pas sûr que ce soit sain de vivre un tel moment d’anxiété, si tôt le matin. Ça a dû peser sur les joueurs aussi vu qu’ils se sont fait battre en finale des Play-Off la semaine d’après.

Mes deux matches préférés de Swindon c’était pendant la saison 1992/93. Le premier, c’était une victoire 6-4 à Brimingham City le jour de Pâques et Swindon était mené 4-1 à 20 minutes de la fin du match. L’autre, quelques semaines plus tard, une autre victoire, 4-3 contre Leicester, lors des Play-Off à Wembley. J’avais 18 ans à l’époque et je pensais que supporter Swindon ça allait toujours être autant excitant.

O! : Et du coup, comment et pourquoi tu en es venu à travailler dans le football?

J’ai toujours été obsédé par le football et mon travail de dessinateur, c’est juste une manière d’exprimer cette obsession. J’ai de la chance de pouvoir combiner les deux. C’est difficile de trouver le moment exact où le foot est entré dans mes dessins, c’est juste quelque chose que j’ai toujours fait. Petit, je remplissais des cahiers de dessins de maillots. Je me rappelle que mes parents m’ont gentiment demandé si je ne voulais pas dessiner autre chose, et je me suis mis à fond sur les stades et les blasons à la place. Je pense qu’ils avaient autre chose en tête plutôt.

J’ai plus ou moins bossé en tant qu’illustrateur pendant plusieurs années et puis j’ai perdu la foi. Je ne gagnais rien, je n’avais plus d’inspiration. J’ai décidé de partir sur un sujet différent et de faire des dessins humoristiques de football, mais seulement pour mes amis. J’ai eu l’impression d’être plus honnête et de parler plus librement du sport, de l’avidité, de la corruption et des superlatifs qui l’entourent. Mon petit public a grossis jusqu’au moment ou The Guardian m’a proposé de lui fournir un dessin par semaine.

« Pour mon premier dessin, j’ai quasiment marqué contre mon camp en y mettant une coquille honteuse. C’est comme si tu rentrais une tête dans tes propres filets à la 91e »

O!: Est-ce que finir par travailler pour The Guardian c’est comme être convoqué en équipe nationale?

Ha, oui j’imagine. Comme la plupart des débutants, j’étais super nerveux quand j’ai commencé. Pour mon premier dessin, c’est un peu comme si j’avais marqué contre mon camp d’ailleurs en y mettant une coquille honteuse. C’est comme si tu rentrais une tête dans tes propres filets à la 91e. Mais ils ont continué à me prendre et avec le temps j’ai pris confiance.

O! : Et l’inspiration tu la trouves où?

Heureusement pour moi, le monde du football m’offre une ribambelle infinie de gens et de situations prête à être ridiculisés. Quand c’est possible, j’essaye de me concentrer sur les gens qui utilise ce sport à des fins personnelles, qu’elles soient politiques ou financières. J’aime aussi rajouter des commentaires et des références sociales et à la culture populaire. Je passe trop de temps sur Twitter, du coup ça m’aide à donner un sens à ce dont les gens discutent. Ah oui, et les mascottes aussi ! J’adore dessiner les mascottes.

norway0001O! : L’humour de tes dessin est tellement britannique, tu penses qu’il peut être transposé dans une autre langue?

Je pense que ça dépend du dessin. Certaines de mes créations ont déjà été publiées dans des langues étrangères, comme en Allemagne avec 11 Freunde, donc je crois que c’est plutôt accessible. L’humour britannique a été exporté partout dans le monde à travers les films, la télévision et la radio, les gens sont plutôt habitués à nos bizarreries. Ça fait 7 ans que je vis en Australie et même si la culture ici est sensiblement la même qu’en Angleterre, l’humour est un petit peu différent. Mais par chance les australiens sont d’immenses fans du sarcasme, alors les dessins que je fais pour la version australienne du Guardian passent bien auprès de la communauté des fans de football locaux.

« Les matches de l’Euro commençaient à 23h ou 2h et 5h du matin en Australie. Du coup j’ai dû regarder certaines rencontres en accéléré, ça en a rendu certaines plus sympas qu’à vitesse normale »

O! : Comment as-tu développé ton style?

Ce n’est pas quelque chose sur lequel j’ai travaillé, ça s’est développé naturellement. Le plus gros changement c’est quand j’ai commencé à faire des bandes dessinées il y a 5 ans. Avant ça, je peignais mes illustrations avec beaucoup de détails, mais j’ai réalisé que je devais bosser plus vite pour maintenir mes dessins au plus près de l’actualité.

2064O! : Tu te débrouilles comment pour suivre ton football anglais bien-aimé avec le décalage horaire?

Parfois ça marche en ma faveur, comme pour l’Euro ou la dernière Coupe du Monde. Je pouvais me lever tôt pour regarder les matches et dessiner dans la foulée. La plupart de mes lecteurs sont au Royaume-Uni, donc j’avais un dessin prêt pour eux, au moment où ils se levaient.

Mais sinon c’est une plaie. Les matches de l’Euro commençaient à 23h ou 2h et 5h du matin en Australie. Du coup j’ai dû regarder certaines rencontres en accéléré, ça en a rendu certaines plus sympas qu’à vitesse normale.

O! : Et tu continue à aller aux matches en Australie?

Bien sûr! Je suis un gros fan de la A-League et je vais souvent aux matches. Ce n’est pas toujours de la super qualité mais la plupart des equipes essayent de jouer un football attractif et les gens viennent en nombre et sont sympas. Le championnat se joue en été et c’est super de pouvoir regarder du football, assis à l’ombre en train de siroter une bière.

« C’est sain d’avoir un moyen de décompresser face au flot de déception perpétuel qu’est la sélection anglaise »

O! : Est-ce que c’est plus facile de dessiner sur des sujets comme l’élimination de l’Angleterre face à l’Islande à l’Euro grace à la distance, ou au contraire ça fait encore plus mal?

Hah! En vrai, ça aide à faire passer la douleur et la frustration. C’est sain d’avoir un moyen de décompresser face au flot continuel de déception que représente la sélection anglaise. C’est clair que c’est plus facile de dessiner quand les choses ne vont pas bien. C’est moins marrant quand une équipe ne fait que gagner. Mais, j’aimerais bien pouvoir être un peu plus positif à propos de l’Angleterre quand même.

O! : A quoi ressemble une journée typique de travail?

Pour quelqu’un de feinéant, j’ai dû me discipliner. Maintenant j’ai une routine : je suis à mon bureau à 8h pour finir vers 19h. Si je bosse pour le Guardian j’aurais déjà noté des idées la veille. Je m’en sers pour écrire un petit script de mon dessin et je me lance. Ça me prend en général une heure pour dessiner une case. Mais comme dans chaque boulot, il y a des jours sans. Ces jours où tu ne trouves rien de drôle ou d’original sont difficiles. Du coup ça m’arrive d’aller promener le chien pour déconnecter. Les bons jours, je finis tout très vite et je termine par une bière.

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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