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ITV Exclusive – Lilian Thuram: « J’ai un peu de regret car je m’étais toujours dit que j’allais venir jouer au foot et rester vivre en Angleterre »

En marge des Bleus, des mots, des polémiques et du cas Benzema, Lilian Thuram est passé par Londres, pour présenter son dernier ouvrage : « Notre histoire ». L’occasion pour Offside de lui poser quelques questions sur son livre bien sûr. Un peu. Enfin, au début.

Lucas Colin — 21 juin 2016
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En marge des Bleus, des mots, des polémiques et du cas Benzema, Lilian Thuram est passé par Londres, pour présenter son dernier ouvrage : « Notre histoire ». L’occasion pour Offside de lui poser quelques questions sur son livre bien sûr. Un peu. Enfin, au début.

Son histoire. Bouffé d’oxygène. Dans cette bande-dessinée, Lilian, en compagnie de Jean-Christophe Camus et de Sam Garcia, nous raconte son périple de petit bonhomme passé de sa Guadeloupe natale aux accrocs parisiens, protégé et guidé par Neddo, voix de la sagesse personnifiée.

Offside!: Votre BD – et plus généralement vos livres – mettent en lumière des valeurs de solidarité, de tolérance, d’intégrité, de persévérance… Pensez-vous que le football, de plus en plus régi par les diktats de l’argent, du football-business, est-il encore capable de véhiculer ce genre de valeurs ?

Lilian Thuram: Tout d’abord, le football n’est pas que le football business. La majorité des gens qui jouent au football ne font pas partie du football business. Il y a une différence entre ce que l’on met en avant et la réalité des choses. Le foot c’est : je suis entre amis, on se rassemble, on joue au football. C’est ça le football.

Lorsque vous voyez le nombre d’enfants qui jouent tous les week-end, c’est pas du football business. Le football véhicule des valeurs importantes mais surtout le fait d’être en compétition avec vous-même. Ça vous apprend à être à l’écoute, la persévérance – pour progresser il faut se tromper – ainsi que la camaraderie. C’est ça le football. Le problème c’est que l’on ne met pas assez cela en avant.

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« Je ne suis pas sûr que l’on peut dire que Leicester soit le plus faible ou le plus pauvre »

Offside!: Est-ce que, justement, cette saison, Leicester n’a pas représenté cette esprit de camaraderie ? Cet exploit collectif auquel tout le monde voulait participer ?

Lilian Thuram: Oui c’est vrai. Ça vous vend l’idée que « les plus faibles peuvent gagner contre les plus forts » mais je ne suis pas sûr que l’on peut dire que Leicester soit le plus faible ou le plus pauvre. Ça dépend comment vous analysez les choses. Les gens qui veulent vendre le foot business peuvent vous vendre l’histoire de Leicester, peuvent vous vendre l’histoire « du petit » Atletico Madrid en Champion’s League. Mais l’Atletico Madrid n’est pas un petit club, n’est pas un club pauvre. C’est pour ça que je dis que tout dépend de la façon dont on construit le discours.

Effectivement il y a le sport-spectacle, le foot-business, le foot où on spécule sur ce que les joueurs vont devenir donc on les achète très cher, on les paye très cher… Mais ce n’est qu’une partie du football. La réalité du football, c’est aussi des éducateurs qui tentent d’éduquer des enfants à travers le foot, qui éduquent les enfants à respecter les règles, à apprendre qu’ensemble on est plus fort qu’individuellement. Donc ça dépend où vous vous positionnez quand vous parlez de foot.

« J’ai un peu de regret car je m’étais toujours dit que j’allais venir jouer au foot et rester vivre en Angleterre »

Auriez-vous pu évoluer un jour en Premier League ? C’est un championnat qui vous intéressait ?

Oui lorsque j’étais joueur à Parme, j’ai failli signer à Manchester United. D’ailleurs j’étais venu visiter la ville, tout allait dans la direction de la signature mais la Juventus a proposé beaucoup plus d’argent que Manchester United et le club de Parme a voulu me vendre à la Juve et non à Manchester. J’ai un peu de regret car je m’étais toujours dit que j’allais venir jouer au foot en Angleterre et rester vivre en Angleterre.

D’ailleurs, c’est assez marrant car à chaque fois que je viens ici, je sens une attirance en me disant ‘Tiens j’espère que la vie me laissera le temps de venir vivre quelques années ici’. Pour moi c’était aussi l’opportunité de donner la langue anglaise à mes enfants. Je m’étais dit : « Ma mère est partie des Antilles pour venir vivre à Paris, ce serait bien d’emmener mes enfants en Angleterre, donc assez proche de la France – car il ne faut pas s’éloigner de la France quand même (rires) – pour donner cette opportunité de maitriser la langue anglaise à mes enfants ». Pour moi ça aurait été pour eux un très beau cadeau.

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Une époque où Rooney savait marquer, et l’équipe de France perdre en 1/4 de finale de l’euro…

Parlons foot et parlons Euro. De jeunes Bleus, une ferveur retrouvée, un pays organisateur… Ça ne vous rappelle rien ? Cette équipe de France là peut-elle être la nouvelle Black-Blanc-Beur de 98 ?

L’équipe de France 98 a gagné la Coupe du Monde à la maison, il y a eu ce sentiment fort d’être ensemble, d’être heureux qui est apparu, puis ce slogan Black-Blanc-Beurre qui est né et qui a ouvert beaucoup de débats, des questions. « On fait la fête ensemble, dans la rue parce que cette équipe multi-couleurs – pas multiculturelle car depuis tous temps la France est multiculturelle – a gagné et cela nous pose question. Pourquoi on n’accepte pas ce mêmes personnes dans certaines sphères de la société ? »

L’équipe de France d’aujourd’hui ne peut pas représenter la même chose. On ne peut pas réécrire la même page qu’une page qui a été écrite il y a 18 ans. Je pense que la sélection actuelle peut raconter une autre histoire. Elle peut nous rendre heureux. Si jamais l’équipe de France remporte ce championnat d’Europe, elle pourra ouvrir d’autres questionnements. L’important c’est les émotions que cette équipe va pouvoir nous faire vivre. Nous sommes des êtres d’émotions et nous avons envie d’être heureux.

« Je pense que la sélection actuelle peut raconter une autre histoire. Elle peut nous rendre heureux »

Quels joueurs peuvent nous apporter cette joie, ce bonheur ? Vous devez vous sentir particulièrement touché par les Martial ou Coman, ces joueurs d’origine guadeloupéenne comme vous.

Vous savez, l’origine des joueurs ne m’intéresse pas tellement (rires). Les joueurs doivent prendre conscience de leur rôle. Ils doivent prendre conscience que le foot est de plus en plus politique et j’espère qu’ils pourront porter haut les couleurs de la France, qu’ils pourront être à la hauteur des attentes… Mais vous savez, la hauteur des attentes, c’est simplement donner le meilleur de soi-même. Moi je reste persuadé que les personnes qui aiment le foot sincèrement savent très bien que l’on peut perdre donc je pense que c’est le comportement qui est important. C’est à dire cette capacité à se mettre à la disposition du collectif et de donner le meilleur de soi. Je pense que lorsque vous donnez le meilleur de vous-mêmes, les gens sont fiers, contents, de vous.

Lucas Colin

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