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Arsenal ou de la permanence de l’échec

C’était cette saison ou jamais, encore. Arsenal, devait aller chercher sa première victoire en championnat depuis 2004 alors que tous les autres gros du Royaume s’écroulaient les uns après les autres, mais non… Pourquoi un nouvel échec des Gunners est inévitable?

Olivier Sclavo — 17 avril 2016
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C’était cette saison ou jamais, encore. Arsenal, devait aller chercher sa première victoire en championnat depuis 2004 alors que tous les autres gros du Royaume s’écroulaient les uns après les autres, mais non… Pourquoi un nouvel échec des Gunners est inévitable?

Beaucoup de zéros pour des statistiques de champions

C’est simple: cette saison Arsenal n’a réussi à décrocher que 5 victoires en 17 matches (en attendant le 18e contre Man City) face aux 10 premiers du classement. On a décidé de prendre encore plus large parce que justement cette année, les « gros » sont à mettre au même niveau que les outsiders qui sont venus jouer les premiers rôles. Face au haut du tableau, les hommes d’Arsène Wenger ont planté 28 buts et en ont concédé 30.

Pour un club qui, après avoir battu Chelsea dans le Community Shield, pour l’ouverture de la saison, avait lancé à tous: « on est prêt les gars! Cette année, c’est pour nous! »; il y a, encore une fois, meilleur qu’Arsenal en Angleterre. Installé depuis octobre sur le podium, les Gunners n’ont occupé la place de leader que trois journées. Mais cette fois le club a vu ses excuses habituelles exploser: aucun des clubs favoris pour le titre n’a assis sa domination. Donc il est où le problème?

Incapables de battre Tottenham, Chelsea, Southampton ou West Ham à l’aller comme au retour, ils ont montré les muscles face aux deux Manchester, à domicile, et ont massacré Leicester à l’aller quand le turbo des Foxes n’était pas encore allumé puis au retour, au buzzer et en supériorité numérique.

Leur arme principale réside uniquement en la personne de Mesut Ozil qui a distribué 18 caviars depuis le début de la saison, loin devant tout le monde au classement des passeurs de Premier League. Olivier Giroud, le meilleur marqueur de l’équipe plafonne à 12 buts (7e du classement des buteurs). Le grand français gélifié n’a plus marqué en Angleterre depuis cinq matches et un doublé face à Hull, en FA Cup. Un peu juste quand on est plus habitué au succès que Tottenham et Leicester, pourtant devant en Premier League.

Attitude de seigneurs, mentalité de loosers

Aussi détestable que les mouvements sur pelouse de Giroud, la réputation de vantards des supporters d’Arsenal qui dépasse le cadre de leur cathédrale silencieuse de l’Emirates Stadium. En décembre dernier la mairie d’Islington, le quartier du club dans le Nord de Londres, a laissé échapper un tweet bien qui a apporté son lot de vanité. Alors que le club est assis sur le trône de leader depuis deux journées, le compte twitter du Islington Council répond à un fan en donnant la date de la parade des joueurs en fin de saison si Arsenal remporte la Premier League.

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Evidemment que prévoir un événement de ce type nécessite une grosse préparation en amont. Mais quand on connait la capacité du club à foirer ce qui doit lui tomber tout cru dans l’escarcelle, on peut aussi éviter d’apparaître plein de certitudes; surtout quand on n’a plus remporté ce fameux titre depuix plus de 10 ans. C’est cette même attitude que la France a adoré fouler au pied lors des prolongations de l’Euro 2000, quand David Trézéguet avait fait ranger les bouteilles de champagne aux cousins Italiens bien trop sûrs d’eux.

Comme le club n’a pas eu l’occasion de fêter cette PL tant attendue, toute la tension s’est retrouvée dans les célébrations de la FA Cup, fêtée comme une consécration. Tenants du titre depuis deux saisons d’affilées, le parcours de cette année donnait une club une raison d’espèrer finir l’exercice 2015-2016 avec au moins une médaille autour du cou. La poursuite d’un titre qui leur prenaient autant d’énergie qu’il leur donnait de l’espoir n’existe plus aujourd’hui et ne pourra pas servir de cache-misère à cette très laide saison des Londoniens.

Lors de ces célébrations on se souvient des prouesses de Jack Wilshere qui profitera de cette gloire soudaine pour mettre une douille à Tottenham. Un complexe d’infériorité criant qui se retrouve à travers le St Totteringham Day (jour où Arsenal est mathématiquement sûr de terminer devant Tottenham au classement). Un concept créé en 2002 par un blogger et qui est dûment fêté par les fans des Gunners. Pour un club qui se dit prêt à mourir pour et par ses préceptes de « beau jeu », il est frappant de voir la consistance qu’ont les supporters Rouge et Blanc à tambouriner sur une victoire qui n’en est pas une puisque Tottenham n’a jamais espéré s’approcher d’Arsenal depuis 20 ans.

Une haine assez bizarre qui a ressurgie en septembre dernier. Les supporters des Gunners massacrant la tribune visiteurs de White Hart Lane après leur victoire sur l’ennemi juré au 3e tour de la FA Cup (2-1). Pourquoi avoir à ce point besoin d’enfoncer la tête d’une victime sous terre? N’est-on pas assez sûr d’être au-dessus des Spurs chez les Gunners, pour que l’on puisse se passer de ces accès de violence? Une habitude de petite brute qui tranche avec le manque de testicules des joueurs sur le terrain et qui psychologiquement renvoie à un manque de confiance en soi profond.

Pas de plan B et une ambition oubliée

On parle d’un club qui a l’ambition avouée de côtoyer les sommets du football mondial. Le 7e club le plus riche de la planète donne des leçons de jeu à tout le monde, se qualifie en Ligue des Champions chaque saison et fête ça comme s’il avait remporté la Premier League, après laquelle il court aussi chaque saison.

Ce grand club qui, saison après saison, nourrit son ambition à grand coup de recrues moyennes et tente de faire croire à tout le monde que ce sera par son jeu merveilleux qu’il arrivera tout en haut. C’est faux! Tu as très peu de chances de remporter la C1 en opposant FRANCIS COQUELIN à un joueur de la trempe d’Andres Iniesta. Encore moins en faisant entrer MATHIEU FLAMINI pour conserver le score déjà trop lourd.

Au-delà des noms sur la feuille de match, c’est le manque de mordant, d’intelligence tactique, de froideur et de saleté qui frappe – encore – dans cette équipe qui s’est fait jeté d’Europe par son modèle qu’elle n’a jamais réussi à dépasser. Le club ne peut plus mettre en avant le hasard ou le manque de chance pour excuser le même scénario année après année.

La politique de recrutement alliée à la philosophie de jeu du club a montré ses limites depuis le départ des cadres qu’ont été Viera, Henry, Campbell, Cole, soit la dernière génération de vrais champions.

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Depuis la fin de l’époque des Invincibles, Arsène Wenger semble avoir décidé d’opter pour une vision utopique d’un « beau football » qui ravira les foules, développera les joueurs et sera compétitif. Un objectif plus que louable mais qui n’a pas eu l’effet escompté. Si on peut défendre une belle utopie, elle peut être également améliorée sans la renier, sinon c’est de la bêtise. Car en attendant patiemment une hypothétique consécration, d’autres clubs ont su évoluer, se remettre en question, perdre, changer, pour gagner à nouveau. Si la stratégie mise en place pour l’emporter ne fonctionne pas, tu dois réfléchir à un plan B. Arsenal n’a jamais pensé à un plan B, et ça fait 10 ans que ça dure.

Les Gunners ont gagné 3 FA Cup depuis leur dernier titre de champions d’Angleterre en 2004. Pendant ces années de misère, les observateurs (anciens du club, journalistes, adversaires, tout le monde) ont identifié les faiblesses du club. Il te manque un joueur de classe internationale par ligne et une grosse dose de caractère Arsène! Comment peux-tu répéter chaque saison que cette fois-ci c’est la bonne quand rien ne change? Pas de recrutement de joueurs capable de te faire passer un pallier, pas d’émergence de leader technique ou mental. Même si les arrivées de Cech, Sanchez et Ozil ont été de vraies bonnes idées, quel est le résultat? Le projet de jeu n’a pas fondamentalement changé depuis la défaite en finale de C1 face au Barça.

Un club de champions ça cible ses lacunes et les corrige pour progresser. Un club de champions ça ne se complait pas dans la pratique d’un beau football et des invitations successives à participer aux tournois les plus prestigieux. Un club de champions ça bat les meilleurs, ça bat les plus mauvais, ça gagne et ça s’impose. Un champion ça s’invite soi-même à la soirée et ça repart avec la reine du bal, ça vient pas juste checker si la décoration est réussie.

Le club est à sa place et devrait peut-être même savourer de ne pas tomber encore plus bas, alors que la véritable question est de savoir si Arsenal est toujours un « grand club »?

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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