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Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise

Un nouveau weekend dans les îles Britanniques nous a fait filer du côté de la verte Irlande. Et un weekend sur Offside, c’est un match à la clé et une ambiance si particulière à vous faire découvrir. Cette fois on était au premier tour de la Leinster Senior Cup entre les Bray Wanderers et St Patrick’s United. Ambiance…

Olivier Sclavo — 9 avril 2016
Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise
Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise
Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise
Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise
Bray Wanderers – St Patrick’s United: Régalade VIP sur la pelouse irlandaise

Un nouveau weekend dans les îles Britanniques, cette fois direction la verte Irlande. Et un weekend sur Offside, c’est un match à la clé et une ambiance si particulière à vous faire découvrir. Cette fois on était au premier tour de la Leinster Senior Cup entre les Bray Wanderers et St Patrick’s United. Ambiance…

On devait être une centaine et encore je pense que mes calculs font dans la largesse. Une centaine de personnes pour assister au premier tour de la Leinster Senior Cup entre les Bray Wanderers et une des équipes de Dublin, le St Patrick’s Athletic. Au milieu de cette poignée de fidèles venus se les geler au Carlisle Grounds de Bray, on doit être les seuls à ne pas savoir ce qu’on fout là.

En weekend à Dublin on continue sur une lancée footballistique qui nous avait déjà menée au Tynecastle d’Edinburgh assister à une demi-finale de League Cup écossaise. On a coché la seule rencontre professionnelle qui se joue dans les parages et on prend donc nos bières dans le train qui nous emmène de Pearse Station dans le centre de la capitale irlandaise vers une ville côtière de banlieue: Bray.

Avec nos bouteilles de Duvel à la main on mettra une heure pour rejoindre les abords du stade. Une heure dans un train de banlieue quasi vide avec pour seuls camarades un couple d’amis qui n’a pas dû beaucoup caresser de poils pubiens féminins humains et consentants ces sept dernières années. Entre crête rose, acné, blouson en cuir et lunettes triple-vitrage la conversation va de la dernière mise à jour de Counter Strike à la critique sans concession du film Deadpool. En cherchant on trouve assis dans un coin du wagon, un seul vieil homme, porteur d’une écharpe rouge et blanche aux couleurs de St Pats. On peut souffler on est dans le bon train.

Quand on descend à la toute petite station de Bray, la nuit noire est tombée et les flaques, sur le goudron trempé, reflètent l’enseigne néon du restaurant pizza – kebab – fish and chips – livraison à domicile à toute heure du jour et de la nuit, tandis qu’un groupe de teenagers attend sagement le train dans l’autre sens qui devrait les emmener vers une nuit de folie dans la capitale irlandaise.

Première rencontre avec une WAG à Quinsborough Road

Les projecteurs du Carlisle Grounds brille au loin et bombent les pectoraux face aux lumières tamisées du bowling de l’autre côté de Quinsborough Road. Un stade construit en 1862 et qui trouve les rives de la mer d’Irlande à 100 mètres derrière le chemin de fer qui le borde directement.

Le panneau fléché qui indique l’entrée du stade est plaqué sur le mur d’enceinte, juste au dessus des tourniquets. Une feinte, se dit-on – tu ne mets pas de flèche à côté de ta porte pour dire « c’est là » quand même – et une belle. On va donc faire le tour complet du petit stade, longeant un mur lisse qui semble sans fin, juste égayé par le cénotaphe des morts des deux grandes guerres de la petite ville. Quand on trouve enfin une brèche, on se retrouve sur un espèce de parking en gravier avec par-ci, par-là, des voitures, des pick-up et, encore, des préfabriqués. Et puis on tombe sur une jolie petite brunette, qui porte le maillot vert et blanc des Seagulls sous sa veste foncée.

« – Excuse-me, on cherche l’entrée du stade.

– C’est de l’autre côté, mais venez avec moi c’est là-bas que je vais.

– Super, on vous suit. Vous allez pouvoir nous apprendre deux ou trois chants qu’on n’ait pas l’air complètement à l’ouest ce soir.

– Ok. Mais j’ai intérêt à vous entendre, mon mec c’est le gardien de but, Peter Cherrie. »

Et BIM la première rencontre avec une WAG qui nous excite presque plus que le spectacle inconnu que l’on s’apprête à dévorer.

Après nous avoir négocié nos pass-presse au guichet, elle nous fait entrer dans l’arène et on sépare sur un « vous m’enverrez l’article, régalez-vous ! ».

On pose alors les yeux sur un stade qui n’a qu’une tribune de plus que le club de village que Michaël et moi avons connu lors de nos dribbles et tacles. Sauf que là mon gars tu es en première division ! Et que si tu remporte championnat et/ou coupe tu te tape les tours d’Europa League et que tu peux finir par affronter des pointures.

Après avoir pris la mesure de notre environnement on va faire un tour à la boutique du club, évidemment dans un préfabriqué. Un qui n’a plus vu un chantier et ses ouvriers depuis des années, le vendeur de la boutique officielle du club est notre deuxième guide de la soirée. « C’est le premier match compétitif de la saison pour les deux équipes. Je prédis un match nul 1 partout ce soir. »

En admirant les produits en vente, on hésite entre, les pin’s, les écharpes, les programmes de matches passés ou présents ou bien sûr le maillot des Seagulls dont un Sergio Ramos photoshopé vente les mérites, sur un des murs de cette petite boîte en plastique pour ouvriers. Mais très vite on se retrouve dehors, dans ce stade qui sent bon la campagne et dont la pelouse bien grasse déroule son tapis vert aux ballons et tacles qui fusent.

 

« On ne sait jamais, s’il y en un qui se blesse je rentre »

Derrière les buts, Michaël, qui a eu la bonne idée de ne pas porter de Doc Martens, se bat avec des gamins de 6 ans pour renvoyer les frappes qui échouent loin du cadre et meurent dans le terrain vague où il s’est intelligemment positionné. « On ne sait jamais s’il y en a un qui se blesse, qu’ils me repèrent, je rentre ! » me lance-t-il en renvoyant des transversales aux joueurs à l’échauffement.

 

Que c’est bon de revenir à ce football que l’on a parfois connu. Où la sécurité ne te donne pas l’impression de traverser sept fois un aéorport post-attentat, et ces héros encore à portée de main de leurs plus grands supporters qui courent leur chercher leurs ballons mal maitrisés. Le football qui se produit sans son smoking et te parle droit dans les yeux avec une haleine bienveillante, sans chewing-gum mentholé.

Tandis que Michaël s’agenouille, les doigts vers le ciel, en mode célébration au poteau de corner pour la photo, il se précipite hors du terrain quand les deux équipes font leur entrée sur le terrain.

Placement libre donc déambulation dans la Quinsborough Road End et ses 935 places qui sonne particulièrement creusent alors que notre discussion en français fait tiquer les fans déjà installés.

Les panneaux publicitaires « FIFA 16 » nous rappellent que tous ces gars sur le terrain sont loin d’être les amateurs, alors que la scène sur laquelle ils vont se produire tend à renvoyer une image contraire. Oui, tu peux choisir de t’envoyer une partie, sur ta console de salon, à l’autre bout du continent, avec ces types aux physiques plus ou moins pro, qui ont commencé à faire tourner le ballon.

S’il est difficile de les prendre au sérieux au premier abord, quand tu as joué dans les divisions du tréfonds de l’amateurisme français et anglais, dans des stades du même acabit, on change vite d’avis sur le niveau.

Le ballon reste très largement au sol. Les joueurs ne sont pas là pour s’envoyer des manchettes au visage et des tacles à la gorge mais bien pour proposer un football sans laideur. Les mouvements, la qualité technique individuelle de chacun nous impressionnent autant que le calme affiché par les deux formations, la rigueur tactique et le rythme du match.

Un choc de qualité dans un stade de district

St Patrick’s en bleu foncé se fait malmener et confisquer la gonfle par le milieu de terrain à trois de Bray qui se retrouve au moins trois fois devant les buts sans faire la différence. Le 23, Gareth McDonagh, très occupé à se remettre la mèche en place et le short au bon niveau dans son saillant maillot vert, ne presse pas son latéral et permet aux Blues de souffler et repartir proprement de derrière. Le travail de muscu de pré-saison semble avoir porté ses fruits, mais être beau gosse ne suffit pas quand en face de toi, le numéro 3 bleu marine, sosie officieux d’Ignazio Abate, lui, connait sa partition par coeur. La jeunesse et l’application des deux équipes sont soufflantes. Après les déficits techniques criant de notre rencontre écossaise, le spectacle inattendu en terre d’Irlande nous en met plein la vue.

Même si on aurait aimé s’enflammer avec les locaux, ce sont les visiteurs qui vont faire plier notre pote Peter Cherrie contre le cours du jeu en première période. L’écossais, dont la douce femme nous a fait la biographie, avait été impeccable jusqu’à présent mais ne peut rien faire sur le centre au deuxième poteau de Conan Byrne pour Billy Dennehy. Cherrie va d’ailleurs sauver la baraque dans la foulée en stoppant une frappe de David Cawley, rentré dans la surface après un une-deux plein de maitrise.

Quand le chauve arbitre sort l’unique carton du match pour un tacle tout doux, on se dit qu’on s’est trompé de porte pour la boucherie.

De toute façon, lorsque Bray recolle logiquement au score juste derrière via son numéro 6, qui était de partout jusque là. Ryan Brennan vient de se présenter à nous avec un missile de 30 mètres qui flingue l’équipe d’en face. On gueule pour la forme, mais entouré par trop peu de monde, notre enthousiasme se recroqueville vite fait, bien fait. Il fait froid bordel, mettez-y un peu d’entrain les gars !

Le carré-musée-armoire à trophées- biscuits pour le thé -VIP

Mis sous pression par les visiteurs, Bray réussit à retrouver les vestiaires sans avoir de but à rattraper et nous de découvrir la liberté de ses petits stades auxquels le monde professionnel moderne n’est plus du tout habitué. Oui tu peux te rapprocher des vestiaires des joueurs à tel point que tu entends le savon que passe le coach à ses gars, oui tu peux filer de l’autre côté du stade si tu veux et même faire un tour dans le coin VIP et l’armoire à trophées.

Un nouveau préfabriqué, aux fenêtres grillagées celui-ci, dans lequel s’engouffrent tout ce que le stade à de sexagénaires ou plus âgés. A l’intérieur, deux tréteaux et une planche de contreplaqué recouverte de la fameuse nappe blanche en papier qui se déchire au moindre souffle dessus, qu’a connu toutes les kermesses et tous tes anniversaires, est posée dans un coin. Des assiettes en plastique remplies de biscuits pour le thé remplacent les buffets copieux et une étagère sur laquelle on a posé tous les souvenirs avec lequels le club peut un petit peu se la péter.

Des fanions de Trabzonspor sont bien mis en évidence et revoient à la double confrontation de la fin d’été 1990 en Coupe de vainqueurs de coupes avec un match nul 1-1 au Carlisle Ground. Ces vieilles pièces de tissus poussiéreux se disputent la place sur le mur à côté de ceux de Scunthorpe United, Rotterdam ou de Wolverhampton et on imagine sans peine que les gars qui ont imaginé ce petit musée, ont placé cet étrange trophée de rugby pour blinder un peu le meuble et éviter de faire trop peine.

Sur la pointe des pieds, je tente de me faufiler. Loin de moi l’idée de me faire détester par ces petits vieux passionnés et encore moins envie de leur piquer leurs biscuits secs, je demande si je peux prendre quelques photos. « Go on, walk away, me lance le chef de bande bien reconnaissable avec imperméable et bonnet officiel du club. » Dans mon anglais à moi ça veut dire « casse-toi ». Mais comme c’est dit avec douceur et un grand sourire je me dis que j’ai dû me tromper. Au pire je prendrai un coup de pompe dans les fesses. J’apprendrai plus tard, auprès d’une amie irlandaise, que non, c’était bien une vraie invitation à me déplacer à mon gré dans leur carré VIP.

Quand le match reprend je me trouve quasiment à la porte des vestiaires. On retrouve nos sièges investis par un groupe de gamins qui vont passer la seconde période à se demander qui sont ces deux péquenauds venus d’ailleurs et qu’est-ce qu’ils foutent dans leur stade.

Sur le pré, les débats ont repris sur le même rythme, à fond. Et le tempo ne redescendra plus. Mais Bray, profite de l’ambiance glaciale à domicile et va plomber les visiteurs, d’abord par Ryan Grennan, encore lui, qui finit en pivot dans la surface un beau mouvement dont il est à l’origine. Le speaker qui ne devait pas être revenu des chiottes mettra presque 10 minutes avant d’annoncer le nom du buteur à la joie et l’incompréhension du public. Juste le temps pour son équipe d’achever St Patrick’s par le buteur Dean Kelly, d’une frappe soudaine au ras du poteau après une contre-attaque éclair.

On crie un peu, pour la forme, mais la température et le manque de solidarité de nos nouveaux amis supporters dans la tribune empêche la folie de se répandre. Perdant peu à peu les extrémités de nos corps au fond de l’air qui ne fait aucun quartier aux courageux venus supporter les deux teams, on se prend à imaginer. Dans un stade qui fait pitié comme celui-ci, on revoit tous des « collègues », des « légendes », de nos quartiers, de nos villages, contre, ou avec qui nous avons partagé 90 minutes et parfois plus et qui auraient eu leur place, ici, jouant devant quelques spectateurs, mais vivant de leur métier de jouer de football.

On est tellement près du jeu, au ras de la pelouse, on la sent, on la ressent. Des gestes des gars, à leurs expressions, en passant par le moindre de leurs cris et des gesticulations de l’entraineur sur son petit banc en tôle défoncée, on connaît tout ça. Michaël et moi l’avons vécu, mais tous les joueurs de foot plus ou moins impliqués aussi. Et cette proximité physique et émotionnelle vis à vis du jeu, du terrain et de tous ces éléments qui font le foot, quand tu te retrouves face à de telles similitudes mais que les types qui suent en face de toi, eux, ils sont pros. Le constat gifle.

Prêts à que 3-1 sera le score final, on met les bouts à la 89e pour ne pas louper le train de 21h15. Pas habitué à quitter les matches avant le coup de sifflet final, je traine les pieds sur le goudron, en moonwalk jusqu’à ce que je perde le gazon de vue. Pourtant je sais qu’on a une longue soirée de folie devant nous et des bouteilles à massacrer. On entend les trois coup de sifflet qui achève la rencontre en passant sous le toit de la gare qui fait aussi office d’arrêt de bus. Un coup d’oeil sur internet: 3-1, le score n’a pas bougé. Le rêve de goûter un jour à ce genre de match s’est gentiment éteint pour nous deux. Un vrai bon prétexte pour remplir nos tronches de souvenirs brumeux, après avoir côtoyé, une nouvelle fois, de très près, ce monde que l’on a espéré.

Crédits photos: Olivier Sclavo

Merci à Michaël Masi pour ses passes décisives dans l’écriture de ce gros morceau.

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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