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Eric Roy à Sunderland: « ce serait un rêve d’être un jour, entraineur de cette équipe là »

Offside a eu la chance de discuter le bout de gras avec Eric Roy, fraichement diplômé entraineur dans la même promotion que Zinedine Zidane et qui revient avec nous sur son expérience anglaise sous le maillot de Sunderland. Un club dont les supporters frémissent encore quand on prononce le nom du Frenchie, dans un championnat et un pays qu’il a adoré et où il aimerait reposer ses valises.

Olivier Sclavo — 17 février 2016
Football - 12/2/00 Stock Season 99/00
Eric Roy - Sunderland
Mandatory Credit:Action Images
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Eric Roy - Sunderland
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Offside a discuté le bout de gras avec Eric Roy, fraichement diplômé entraineur dans la même promotion que Zinedine Zidane. Il revient avec nous sur son expérience anglaise sous le maillot de Sunderland. Un club dont les supporters frémissent encore quand on prononce le nom du Frenchie, dans un championnat et un pays qu’il a adoré et où il aimerait reposer ses valises.

Offside!: Comment tu as débarqué à Sunderland ?

Eric Roy: C’est simple. J’étais dans un grand club français, l’Olympique de Marseille, et on le voit encore aujourd’hui, les clubs anglais, ils regardent le championnat de France. J’avais déjà 32 ans, il y a eu une opportunité d’aller en Angleterre. C’est un club que je ne connaissais pas trop au départ parce qu’en plus c’était un club qui remontait en Premier League. Ils venaient de gagner le Championship. Je suis monté voir les installations, rencontrer le manager et je me suis retrouvé dans un très grand club. Un stade et des installations incroyables, des moyens financiers bien différents comparés à la France, déjà à l’époque. Il y avait aussi peut être la fin du histoire avec l’OM où j’y était resté trois ans. Donc c’était le bon moment pour vivre une expérience à l’étranger. Et l’Angleterre c’est toujours très attirant et c’est souvent la destination première que les joueurs ont envie de découvrir. Donc ça s’est fait naturellement.

Offside!: Vous auriez aimé y venir plus tôt ?

Eric Roy: Oui c’est sûr. Quand je suis arrivé, je me suis retrouvé confronté à une mentalité différente, dans le jeu. C’était un club très anglo-saxon dans l’esprit. Un manager anglais, Peter Reid, ancien très très grand joueur du championnat dans les années 80 et international. On se croise encore parfois. On a fait la dernière coupe du monde ensemble au Qatar, on commentait les matches pour BeIn. Un mec de qualité avec une mentalité très anglaise. Les seuls étrangers au club c’était des scandinaves, danois, suédois, Stefan Schwarz. Un petit peu encore sur le modèle du kick and rush, donc pas trop dans la philosophie qui était la mienne, de construire le jeu de derrière. Il a fallu que je m’adapte un petit peu à ça. Forcément, un jeu surtout basé sur le physique ce qui n’était pas trop un problème pour moi mais bon, quand on a déjà 32 ans, on ne va pas refaire toute une formation…

Après notre première saison a été très bonne. Puisque je suis arrivé en septembre et j’ai joué très rapidement. Une saison assez pleine où j’ai pas mal joué et on fini 6e (ndlr: Sunderland avait fini 7e). Il me semble que c’était le meilleur résultat d’une équipe promue. Il faut dire qu’il y avait une super équipe avec Niall Quinn devant, qui a été président de Sunderland. Il formait un duo incroyable avec Kevin Phillips.

Phillips je l’avais découvert là. Il a fini Soulier d’Or cette année là. Ça n’a pas fait beaucoup de bruit mais c’était quand même le meilleur buteur européen. Au milieu ça travaillait beaucoup, avec Stefan Schwarz donc mais aussi Gavin McCann qui avait beaucoup de volume de jeu. Et puis une défense avec Steeve Bould qui arrivait d’Arsenal, le capitaine, Micky Gray et Tommy Sorensen, le gardien de l’équipe du Danemark.

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Eric, encore au milieu, inspirant le respect

Une équipe sérieuse et solide, et moi au milieu j’étais un peu le frenchie avec ma mentalité un peu plus latine donc ça dénotait un peu. Je pense que c’est aussi pour ça que les supporters m’appréciaient, parce que je faisais des choses un petit peu différentes. Notamment mettre le ballon un peu plus à terre. Ça m’a marqué parce qu’a chaque fois que je faisais une passe banale, à terre, on m’applaudissait. Ça ou une récupération de balle, mais toujours des gestes pour lesquels on ne vous applaudit pas forcément en France.

Avec tout ça je me dis que c’est un championnat que j’aurais aimé découvrir un peu plus tôt. La deuxième saison était un peu plus compliquée parce que je jouais moins. J’arrivais à la fin de ma carrière et je voulais profiter à fond. C’est pour ça que je suis rentré en France, mais pas du tout frustré de mon expérience, enrichi même.

Offside!: Vous y êtes retourné depuis?

Eric Roy: Non… J’ai quelques contacts là-haut encore c’est vrai, mais en tout cas ça peut être un objectif, si après quelques années en France, je dois entrainer en Angleterre. C’est un grand club et un club qui m’a marqué. Je regarde toujours Sunderland. Et maintenant que je suis un entraineur diplômé, ce serait un rêve d’être un jour, entraineur de cette équipe là. Parce que je pense qu’il y a tout à faire. Il y a un stade incroyable, un public incroyable, maintenant un centre d’entrainement encore plus moderne.

« Les mecs m’interpelaient : « mais tu es qui toi? » »

O!: Tu es parti il y à près de dix ans et pourtant c’est toujours la même ferveur chez les fans quand on évoque le nom d’Eric Roy. En plus personne ne vous avez vu arriver…

C’est marrant parce que j’avais participé au jubilé de Kevin Ball contre la Sampdoria de Gênes. A la base j’étais venu pour visiter les installations et puis on m’a dit « tu veux pas t’entrainer un peu avec nous ? », donc je m’étais entrainé et puis « oh, il y a un match demain, viens, tu participeras au match ».

Et puis je me suis retrouvé en train de m’échauffer dans le Stadium of Light. Et comme le public est très proche du stade là bas, les premiers spectateurs étaient à deux mètres de nous. Les mecs m’interpelaient : « mais tu es qui toi? »

Les fans anglais ils connaissent l’équipe première par cœur mais ils vont voir aussi l’équipe réserve, donc ils connaissent aussi les plus jeunes. Et là, il étaient étonnés de ne pas reconnaitre un visage. J’avais joué quelques minutes de ce match et j’étais remonté signer mon contrat.

Ça avait une saveur particulière pour moi parce que j’étais vice-capitaine de l’Olympique de Marseille, le plus grand club en France à l’époque, avec Laurent Blanc, j’avais fait trois ans à Lyon et je me retrouvais là, personne ne savait qui j’étais. J’avais un peu l’impression de repartir de zéro. Je n’avais pas de statut. J’étais connu et établi et ça a été intéressant pour moi. J’ai dû me remettre un peu question. Tu ne peux plus te reposer sur ce que ton statut mais tu vas devoir te battre sur le terrain pour en acquérir un nouveau.

O!: Il y a eu des matches et des actions d’anthologie pendant cette fameuse saison en plus…

Oh oui ! Je me rappelle d’un match contre l’équipe de Chelsea avec Deschamps et Desailly. Didier Deschamps était blessé donc il n’avait pas fait le déplacement alors que Marcel s’était fait traumatisé tout le long par Niall Quinn. Desailly c’était un grand joueur avec un gros gabarit et là on aurait dit un enfant à côté de Niall qui lui rendait encore quatre ou cinq centimètres. Il n’a pas pu prendre prendre un seul ballon de la tête.

Ça a été un match incroyable. On gagne 4-1 (4-0 à la mi-temps) et le déclencheur c’est un peu moi c’est vrai. Sur un corner je récupère le ballon, la défense remonte, j’élimine un ou deux joueurs, je rentre dans la surface un peu excentré, et au lieu de frapper pied gauche, je centre en retrait pour Niall qui la pousse au fond.

Après c’est l’avalanche avec le duo Quinn – Phillips qui marque un doublé chacun, dont des buts complètement insensés de Kevin.

Dans un Stadium of Light avec 45 000 supporters chauffés à blanc. C’est dans ce genre de match que même une grande équipe comme Chelsea peut se faire détruire par la ferveur, l’engagement d’une autre supposée plus faible sur le papier. En Angleterre les joueurs ne font pas de complexes. Ils rentrent sur le terrain, ils donnent tout et après que ça se soit bien ou mal passé vous êtes toujours acclamés par le public parce qu’ils savent que vous avez tout donné. Et ce match là il restera gravé parce qu’au delà de cette passe décisive, j’avais fait un très bon match. J’avais même reçu la note de 9/10 dans certains journaux, chose que je n’avais jamais eu en France.

Après il y a eu des moments plus difficiles. On a pris une bonne rouste quand on est allé jouer à Manchester United ou à Everton. C’est la première fois que je jouais à Old Trafford, face à Beckham, Scholes, Butt, devant c’était Yorke. Mais toujours avec cette même idée de « on donne tout ». Après on a perdu, on passe à autre chose.

O!: Dont le fameux derby contre Newcastle…

Quand je suis arrivé au mois de septembre, le premier match c’était le derby. Donc j’étais parti avec l’équipe pour voir ça mais pas en étant dans le groupe. Kevin Phillips avait marqué le but de la victoire à St James’ Park, dans une folie indescriptible dans la tribune des fans de Sunderland.

Kevin Ball vient de planter l'ennemi

Kevin Ball a la banane

Le premier que j’ai joué c’était avec la réserve. Dans le Stadum of Light, rempli de 20 000 personnes. Vous imaginez ? Un match de réserve ! Kevin Phillips revenez de blessure et jouait avec moi. On avait gagné 1-0, je lui avais donné une passe décisive. Il m’a plus marqué que celui en championnat que j’ai joué ensuite. Et pourtant à l’époque il y avait Alan Shearer en attaque, Gary Speed, qui habitait dans le même domaine que moi.

« Gazza se faisait chambrer par le public et lui il a passé plus de temps à leur répondre qu’a jouer »

O!: Nous avons entendu dire qu’un autre derby un peu spécial avait compté aussi…

Mon premier match sous le maillot de Sunderland je l’ai joué avec la réserve, contre Middlesborough qui est un autre grand club du Nord. J’avais Paul Gascoigne au milieu face à moi. Pas banal du tout hein ?! Gazza se faisait chambrer par le public et lui il a passer plus de temps à leur répondre qu’a jouer. On était dans le stade de la réserve, un tout petit stade, avec la main courante, un beau stade de campagne. Faut s’imaginer le public, tout proche, venus nombreux pour voir Gazza. On avait gagné mais c’était fou de se retrouver face à lui en réserve.

C’est ça qui est intéressant en Angleterre. Il y a un vrai championnat des réserves et quand vous arrivez dans un club ou que vous reveniez de blessure, vous y jouez pour retrouver le rythme. Du coup on j’ai affronté Manchester United, avec Jordy Cruiff et Nicky Butt.

O!: Une saison et demi et un seul but au compteur. Tu t’en rappelles?

Oui un seul. C’était en Cup. Contre Walsall, de la tête, sur corner pour un des premiers tours de la compétition (victoire 5-0). Je dois dire que j’ai plus marqué des pieds que de la tête dans ma carrière, malgré mon grand gabarit. Je me rappelle que quand j’étais arrivé à Walsall il y avait Patrick Guillou, aujourd’hui un des adjoints de Willy Sagnol. Il m’avait sauté dessus en arrivant au stade. Parce que lui aussi il était là, à l’essai, il ne savait pas trop ce qu’il allait faire.

 

Football - 12/2/00 Stock Season 99/00 Eric Roy - Sunderland Mandatory Credit:Action Images

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Et pourtant j’aurais pu en marquer un autre contre Liverpool. J’avais tout bien fait mais j’étais tombé sur un très bon gardien, je ne sais plus qui c’était (Sander Westerveld). Il m’avait sorti une super parade. Je ne sais pas pourquoi je m’en rappelle encore. Ce qui m’a vraiment marqué c’est l’ovation du public à la fin alors qu’on a perdu 2-0 à domicile. J’ai rarement été applaudi comme ça, surtout après une défaite. Mais bon voilà, une mentalité différente et tellement attachante. Les gens aiment leur équipe pour le maillot, pour les joueurs qui la compose et pas forcément si vous gagnez donc c’est super gratifiant quand on est joueur.

« T’es blessé, t’es malade, t’es pas là, c’est un autre qui prend ta place »

O!: Il t’a servi ce nouveau statut d’inconnu?

C’était une fierté d’arriver pas trop connu et de s’imposer même s’il y avait beaucoup de monde. Mais après on a toujours envie de bien faire et on essaye de toujours se remettre en question. La preuve, même avec une première bonne saison… Dans ce genre de clubs on est 40 à l’entrainement. T’es blessé, t’es malade, t’es pas là, c’est un autre qui prend ta place. C’est une autre mentalité et elle m’a fait grandir dans mon approche du foot et surtout de la place de l’entraineur que je peux avoir aujourd’hui. Personne n’est indispensable.

O!: On a l’impression que cette mentalité anglaise t’a beaucoup marqué…

Il y a beaucoup de français, l’Angleterre pour eux c’est Londres. Et Sunderland ce n’est pas Londres. Avec Newcastle, ces régions du Nord-Est sont un peu sinistrées. Le Stadium of Light c’est quand même la référence à la lumière du mineur. On peut comparer ça à Lens. Des clubs très « terroir », très attachés à leurs valeurs. Il y avait un film qui m’avait beaucoup plu. Rien à voir avec le football mais bon, c’était Billy Elliott. Parce que voilà quand on voit les images de ce film, ça c’est Sunderland. L’histoire du film elle reflète bien la mentalité des gens là bas. Des gens qui ont souffert, parce qu’il y a beaucoup de taux de chômage. C’est aussi pour ça que le foot est important. On se construit des aventures que l’on vit et ça, ça a été une aventure très enrichissante.

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Eric Predator Roy!

 O!: Tu as vite fait le parallèle avec la passion latine que tu connais, celle de Nice?

Oui c’est ça. Moi je suis toujours très attaché à des clubs qui ont une histoire, une identité forte. Ces des vibrations qu’on ressent aussi dans le stade. Le Stadium of Light, c’est connu pour être un des plus chauds du pays, il y a beaucoup de ferveur. J’aimerai beaucoup y retourner voir un match.

« De ma chambre je voyais s’entrainer Alain Goma et Franck Dumas et je leur gueulais dessus »

O!: Comment s’est passée la vie là-bas?

On est monté avec ma femme, on n’était pas mariés depuis très longtemps. On n’avait pas encore les enfants donc la vie était assez tranquille. La maison était à Chester-le-Street, derrière le terrain de cricket de Durham. C’était là où était le centre d’entrainement de Newcastle, donc chez l’ennemi un peu. De ma chambre je les voyais s’entrainer et j’appelais Alain Goma et Franck Dumas de ma fenêtre, je leur gueulais dessus.

On avait une vie paisible, à la campagne. On était près du Lumley Castle, un très beau château qu’on est allé visiter. Mais j’étais très professionnel, donc nos sorties elles se résumaient à: aller faire les courses au Sainsbury, de temps en temps aller se balader à Newcastle ou partir un ou deux jours à Londres en train et visiter les autres grandes villes du pays. On a fait Leeds, Manchester…

O!: Aucun problème avec la nourriture?

Moi je suis un garçon qui s’adapte et je suis curieux de tout. J’ai de suite été marqué par l’énergie, la musique. Le rock anglais, la pop, quand on met n’importe quelle radio, il y a toujours du bon son. Après la bouffe, un peu particulière oui, mais c’est surtout la différence avec la France au niveau de la diététique qui était énorme.

Quand on joue à domicile, on arrive au stade, avec sa propre voiture, une heure ou une heure et demi avant le match. Donc la diététique les veilles de matchs, il n’y en a pas. C’était de l’autogestion. Il y a une grande responsabilisation des joueurs après à vous d’être bon sur le terrain.

Par contre quand on se déplace, les collations à 11h, fallait voir ce que c’était ! Les gars ils mangeaient des toasts avec les haricots blancs dans la sauce tomate, les œufs par dessus. Mais bon c’était leurs traditions. Ça a peut être évolué aussi depuis l’arrivée de plus de managers étrangers en Premier League.

« Je veux retrouver une équipe donc une bonne équipe de Championship qui a du potentiel ça pourrait être un projet intéressant »

O:! Aujourd’hui, avec un diplôme d’entraineur en main, qu’est-ce que tu tires de cette expérience anglaise?

J’ai fait une partie de mon stage à Arsenal auprès d’Arsène Wenger qui est un entraineur qui réussi et un homme dont la philosophie de jeu est proche de la mienne. Sa grande réussite c’est qu’il n’est pas arrivé en voulant tout changer. Mais petit à petit il a fait évoluer les choses. Il a d’abord gardé son back four (sa défense), ses joueurs historiques avec lesquels il a travaillé en essayant de leur faire comprendre que s’ils faisaient telles ou telles choses, il pouvait les améliorer. Il a changé les mentalités petit à petit et aujourd’hui c’est un entraineur qui dure au plus haut niveau.

Aujourd’hui je veux retrouver une équipe. En France c’est compliqué, ça ne bouge pas beaucoup, donc à un moment donné, une bonne équipe de Championship qui a du potentiel ça pourrait être un projet intéressant. Je maitrise l’anglais et j’ai la chance de connaitre un peu la mentalité. Je pense que ce sont des clubs où il y a beaucoup de choses à faire et auxquels on peut apporter quelque chose.

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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