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Ze Interview: Ian Moore, au nom de l’humour, des Rovers et du chutney français

Décris comme un des meilleurs humoristes du pays, par le quotidien The Guardian, Ian Moore a quitté l’Angleterre pour s’installer près de Chabris dans l’Indre il y a plus de dix ans. Il se produit toujours aux quatre coins de l’île d’Albion et vient d’entamer un troisième tome de ses aventures en terre française. Et s’il est aujourd’hui producteur de chutney à ses heures perdues dans la vallée du Cher, il n’a pas oublié sa passion pour Blackburn Rovers et Kenny Dalglish…

Olivier Sclavo — 13 octobre 2015
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Décris comme un des meilleurs humoristes du pays, par le quotidien The Guardian, Ian Moore a quitté l’Angleterre pour s’installer près de Chabris dans l’Indre il y a plus de dix ans. Il se produit toujours aux quatre coins de l’île d’Albion et vient d’entamer un troisième tome de ses aventures en terre française. Et s’il est aujourd’hui producteur de chutney à ses heures perdues dans la vallée du Cher, il n’a pas oublié sa passion pour Blackburn Rovers et Kenny Dalglish…

Offside!: Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs?

Ian Moore: Je suis né à Blackburn. Je suis un fan des Blackburn Rovers. Un des cinq clubs à avoir gagné la Premier League. D’ailleurs j’ai vu mon premier match, j’avais cinq ans. Blackburn contre Bolton, en troisième division je crois. C’est un derby et je me souviens parce que les fans de Bolton avaient mis le feu au stade. Mon père qui est un fan de Leeds United, m’avait emmené voir les Rovers. Mon grand père faisait les « pies » à la buvette d’Ewood Park pendant 60 ans. Je ne me rappelle que de Simon Gardner sur le terrain, j’ai oublié tous les autres. C’était une légende, le meilleur buteur de l’histoire du club. Je me rappelle que j’étais tout petit. Le stade me semblait immense. Je ne voyais rien, assis dans l’allée centrale.

Je ne suis retourné voir un match de foot, qu’après que ma famille ait quitté Blackburn. J’avais sept ans, nous étions à King’s Lynn, près de Norwich. C’est à cet âge là que j’ai commencé à jouer au foot. Nous allions beaucoup au stade voir Norwich City jouer. C’était l’époque des « terraces », j’étais un petit garçon. Mon père m’avait fabriqué une boite pour que je puisse grimper dessus et voir quelque chose du match. Mais avec les mouvements de foule, à chaque fois qu’il y avait une action ou un but il devait me protéger de la foule parce que je me faisais balancer de tous les côtés.

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Alan Shearer avec 34 buts, Tim Sherwood capitaine, Kenny Dalglish manager et un premier titre de champions depuis 81 ans

Offside!: Tu te rappelles de tes idoles?

Ian Moore: Paul Gascoigne ou Gary Lineker étaient mes joueurs préférés. Parce que pour moi la meilleure Coupe du Monde c’était en Italie en 1990. J’avais 20 ans, c’était un tournoi magnifique. L’Angleterre en demi finale, c’était il y a bien longtemps (rires), merci de me le rappeler… Mais mon idole à cette époque c’était Kenny Dalglish. Je l’adorais par-dessus tout. A cause de son style, tout en efforts. Après cinq minutes il était toujours trempé de sueur, comme s’il avait pris une douche.

Le premier maillot que j’ai eu c’était Liverpool, avec le sponsor Hitachi. J’aimais un peu Liverpool parce qu’en tant que fan de Blackburn, quand ils se sont retrouvés en 3e division, on habitait plus là bas, c’était difficile de se renseigner ou de les voir jouer. Et à l’école vous subissiez une espèce de pression pour supporter un des gros clubs. A cette époque beaucoup de gens supportaient Nottingham Forest parce qu’ils venaient de remporter la coupe d’Europe. Puis Aston Villa est devenue une grosse équipe mais pour moi c’était Liverpool parce que je venais du Nord-Ouest. Donc quand on allait à Norwich, c’était souvent pour voir les Reds ou le derby entre Ipswich et Norwich. Mon père était toujours très soucieux de ne pas se faire écraser par la foule donc on partait toujours avant la fin du match.

Et je me rappelle d’un match Norwich – Liverpool, et Norwich menait 1-0 et nous avons quitté le stade alors qu’il restait deux minutes à jouer. Nous avions rejoint ma mère et ma sœur dans un magasin en ville et j’avais dit, déçu, à ma mère « oh, Norwich a gagné 1-0 ». Et j’ai entendu quelqu’un dans mon dos « non, Liverpool a gagné, Kenny Dalglish a marqué un doublé en fin de rencontre ».  Et puis comme je fais du chutney aussi, et j’ai fais une émission sur ESPN et sa fille était présentatrice et je lui ai donné un de mes pots. Et quand je l’ai revu, elle m’a dit « oh mon père adore votre chutney! ». Kenny Dalglish aime mon chutney ! C’était un moment fantastique pour moi.

Offside!: Pourtant c’est vraiment avec Blackburn que tu as vibré.

Ian Moore: Je suis arrivé à Londres en 1989. En 1995, j’étais dans un pub près d’Oval, quand Blackburn a remporté le titre. J’étais le seul avec un maillot des Rovers. Il y avait beaucoup de supporters de Manchester United. C’est comme ça tu sais, Londres, c’est là que tous les fans de United grandissent…

Moi à la fin, je pleurais littéralement. Ma femme, ma copine à l’époque, qui me regardait avec un air « mais tu es pathétique mon pauvre ». J’étais en larmes c’était une journée fabuleuse, un rêve. Man United recevait West Ham et Blackburn jouait à Liverpool. United devait gagner car ils avaient deux points de retard. Et ils ont eu tellement d’occasions. Je me rappelle d’Andy Cole, pardon, Andrew Cole, comme il tient à être appelé, louper toutes ses tentatives. Je me rappelle d’une reprise de volée dans la surface, au dessus. Le pub avait installé deux écrans pour suivre l’action. Donc quand Jamie Redknapp marque son coup franc pour Liverpool à la dernière minute du match, il reste quelques seconde à jouer à West Ham et on se dit : « si United marque maintenant c’est terminé ». Ils n’ont jamais marqué.

J’adorais toute l’équipe. Alan Shearer, qui d’ailleurs a été maltraité par les fans de Blackburn quand il est parti pour Newcastle. Enfin, les gars réfléchissez, il rentre dans sa ville natale ! Les supporters ont la mémoire tellement courte. Chris Sutton était un super jouer. Colin Hendry aussi ; c’est lui qui nous fait gagner le Full Members Trophy contre Charlton à Wembley, une compétition tellement nulle, moi j’ai toujours beaucoup aimé Hendry. En rajoutant, Graeme Le Saux, Tim Flowers et David Batty qui était un joueur tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Mais l’équipe fonctionnait à merveille. On a terminé avec Nuno Gomes en attaque quand même… On a eu des gars, Martin Dahlin, qu’est ce que tu fais là mec ?

Quand Venky’s (les propriétaires depuis 2010, une entreprise de nourriture industrielle indienne) a acheté le club, ils voulait faire venir Ronaldinho. Les types ne savent pas ce qu’ils font. J’ai entendu que quand ils se sont offerts le club, ils pensaient qu’il n’y avait pas de relégation, comme aux Etats-Unis. Donc quand nous sommes descendus en Championship, ils n’ont rien compris. C’est grave.

Offside!: Puis il y a eu la découverte de la France…

Mon deuxième maillot c’était celui de la France 1982. Nous sommes partis en vacances à l’étranger pour la première fois et c’était à Nice, juste quelques semaines après la coupe du monde en Espagne. Et l’équipe de France était tellement glamour et chic. Nous avions Bryan Robson et Trevor Francis, des ouvriers les mecs, des mécaniques. Alors qu’en face, Platini, Giresse, Trésor, Rocheteau, Tigana c’était sensationnel. Et Battiston qui se fait éclater par Schumacher (il claque ses mains), tout le monde voulait être Français pendant ce match. Quel match ! Tout simplement exceptionnel. J’ai vu le maillot dans un magasin, il me le fallait. Je devais l’avoir. C’est un maillot fantastique.

Les Jacquessons Deux

Les Jacquessons Deux

Le design était si simple et beau, mais les maillots de cette époque étaient si peu pratiques. Si vous les portiez pour jouer au foot, ils vous irritez les tétons. Je me rappelle à chaque fois devoir jouer avec mon club je me disais « et mince, je vais devoir mettre des pansements sur mes tétons ». La plupart des blessures, au foot, à l’époque c’était des tétons irrités.

Offside!: Une blessure bien connu des amateurs! Donc tu joues au football aussi?

Ian Moore: Je suis un attaquant. J’étais un bon joueur mais j’ai dû arrêter vers 20 ans à cause de blessures au dos et le boulot. Je suis arrivé au moment où je préférais regarder que jouer. Il y a un truc avec la recherche de la gloire, le besoin d’être aimé. C’est sûrement pour ça que je suis humoriste. Je n’ai jamais réussi à devenir attaquant, mais je monte sur scène maintenant et je marque mes « coups du chapeau ».

En 1981 j’étais à Horsham, dans la banlieue de Londres, et il n’y avait pas de grosse équipe à supporter. Maintenant ce serait Crawley FC. Je déteste Crawley. Cette ville est probablement LA raison pour laquelle nous avons émigré. Mais j’ai joué pour eux. Jusqu’à un niveau respectable, juste en dessous du niveau semi-professionnel. Et je me rappelle d’une grande injustice. Une nouvelle équipe avait été créée pour représenter la région. Les sélections pour intégrer l’équipe avaient lieu en juin et je venais de faire une appendicite 10 jours avant et j’ai insisté pour y aller. La plaie n’arrêtait pas de saigner, je n’arrivais pas à courir. J’aurais dû être pro (sourire).

Offside!: On ne peut pas parler de football avec un Anglais sans évoquer la misère de votre équipe nationale. Tu les regardes souvent?

Ian Moore: Je n’ai vu que la deuxième mi-temps de Slovénie – Angleterre l’autre fois parce que j’étais au tournoi de foot de mon fils Maurice. Les petits ont terminé troisièmes, beaucoup de pleurs. Apparemment l’arbitrage était mauvais. C’est incroyable comme on peut grandir différemment, dans un pays différent, n’avoir rien en commun, mais tout le monde va quand même insulter l’arbitre.

Certains de mes meilleurs amis, je les ai rencontré dans un pub, alors qu’on était en train de regarder la télévision et de crier sur quelqu’un. Dans un sens, l’équipe nationale nous unifie tous parce que tout le monde va tomber d’accord sur le fait que nous sommes à chier et que nous n’allons jamais rien gagner. On se retrouve tous autour de nos déceptions.

Supporter l’Angleterre c’est comme avoir une relation amoureuse violente. Vous y revenez toujours. Vous savez que vous allez être blessé mais vous revenez encore et encore. C’est vraiment bizarre, quand l’Angleterre joue une coupe du monde, il y a un extraordinaire élan de positivisme qui écrase toute forme de réalité. On sort les drapeaux, on chante et toute la nation s’attend à quelque chose qui n’arrivera jamais. Alors qu’en 2006 par exemple, en France, on n’avait pas l’impression qu’il y avait une coupe du monde qui se jouait jusqu’à ce que vous soyez en finale. On était en France depuis un an seulement et nous avions des maçons à la maison le lundi après la finale. Et j’ai dis à un des gars « Zidane, il est nul ». Ils ont lâché leurs outils et ma femme a dû les persuader de revenir finir le boulot et moi de leur expliquer que je ne voulais pas les blesser.

En 2014, nous avions un peu retrouvé le sens des réalités et même les Anglais savaient que nous n’étions pas bons. Ça allait bien mieux, personne n’attendait quoi que ce soit. Et dès le coup d’envoi du premier match, BOOM (il claque dans ses mains) : « On peut gagner le tournoi ! ». On est retombé directement dans cette drogue irréaliste. Et même si nous n’attendions pas beaucoup d’eux, nous avons réussi à dépasser nos attentes en étant encore plus mauvais que ce que l’on pouvait imaginer. Je pense que les joueurs ont peur. Ils ont peur d’être ridiculisés et vilipendés parce qu’ils savent qu’ils sont moins bons que leurs adversaires.

O!: Et qu’est-ce que tu pense de l’équipe de France?

Je pense que la France a de bien meilleurs joueurs, un meilleur système de formation. Plus souvent que nous, les joueurs français vont jouer à l’étranger et apprennent plus, ils deviennent de meilleures personnes. Nous sommes trop tournés vers nous même et le fait d’être « English ». Il n’y a eu que deux joueurs anglais dans des championnats étrangers, Ashley Cole et Micah Richards, pour vous dire le niveau… La Premier League est le championnat le plus excitant, pas le meilleur techniquement mais le plus excitant pour sûr.

Joe Cole a joué pour Lille, Chris Waddle s’est bien débrouillé à Marseille, Joey Barton, on voulait juste s’en débarrasser. Je ne suis pas sûr s’il a été transféré ou exilé. Ian Rush est allé jouer à la Juventus et quand on lui a demandé comment c’était, il n’a rien trouvé de mieux à dire que « c’était comme être dans un pays étranger ». Pour l’équipe nationale du coup on a l’impression que tout ce passe comme dans les années 70. Les joueurs ne savent rien de leurs adversaires.

Ian Rush. 29 matches et 7 buts pour la Juventus

Ian Rush: 29 matches,7 buts et une saison pour la Juventus

Je me rappelle avoir vu un France – Honduras lors de la dernière coupe du monde dans un bar à Tours et quand La Marseillaise a retenti ça change tout. God Save the Queen est un hymne tellement chiant et plat. « Aidez cette vieille femme », ce n’est pas génial, ça ne nous aide pas non plus.

O!: Donc tu t’es choisi une équipe à supporter en France?

Je supporte Tours FC. Je n’ai jamais pu aller les voir parce que je travaille le weekend mais dès la saison prochaine je vais essayer d’aller voir des matches. Le dernier que j’ai vu en France c’était Monaco contre Tottenham et Monaco avait écrasé les Spurs 5-2 en amical en 2013. La fois d’avant c’était mes premières vacances à Nice et j’avais vu un Monaco – Laval, en 1982 avec Ralf Edström qui était une super star en pour l’équipe de Suède. Et je me rappelle de ce match parce que mon père et moi étions partis acheter à boire et quand nous étions revenus à nos sièges, on nous les avait piqué et les gens qui nous les avaient pris ont catégoriquement refusé de bouger. On leur montrait les tickets, mais il n’y avait pas moyen.

Ralf+EDSTROM+Panini+AS+Monaco+1982

Sinon je regarde la Champions League mais pas trop la Ligue 1. J’écoute le championnat de France à la radio pour apprendre le français. Même quand je parle avec les autres pères, à la sortie de l’école, on parle plus de la CL que d’autre chose.

O!: Tu as trois fils, ils ont choppé le virus du ballon rond aussi?

L’aîné, Samuel, supporte Crawley et Manchester United. Thérence, le dernier, a bien un maillot de Barcelone mais il est trop petit pour vraiment s’intéresser au foot, il joue juste avec ses frères. Maurice, le cadet, s’entraîne avec les jeunes de Châteauroux et supporte Chelsea. Je ne sais pas si c’est son côté Anglo-Saxon qui le pousse à chercher le combat partout ou parce qu’on regarde beaucoup de football anglais à la maison, mais il était le seul des enfants à tacler.

A 6 ou 7 ans, il me rappelait Stuart Pearce. Rien ne pouvait le décontenancer. Mais ça a disparu de son jeu, il est bien plus technique et français maintenant. Il veut devenir professionnel et quand les gens lui demandent quelle sélection il choisira, il répond l’Angleterre parce que son père est Anglais. Mais je lui ai déjà dit : « Fils, si tu veux gagner quelque chose, ne choisi pas l’Angleterre ».

O!: Tu vois beaucoup de différences dans la façon d’enseigner le football entre la France et l’Angleterre?

J’ai assisté à quelques entrainements de mes fils et je me rappelle d’une fois où l’arbitre avait sifflé faute et je n’avais pas compris pourquoi. C’était pour avoir joué un long ballon. Vous deviez jouer court, ne pas la rendre à l’adversaire, la garder au sol, du vrai football. Rien à voir avec mon expérience en Angleterre où c’est toujours : « balancez là sur le grand devant ». Nous on est comme des requins qui ne peuvent nager que dans une seule direction, vers l’avant. Notre football n’a aucun style. La nouvelle génération de joueurs a plus envie de jouer au football que les précédentes, mais le temps que ça devienne une généralité…

O!: Le football c’est un thème dont tu te sers dans tes spectacles?

Non pas trop, c’est trop clivant. Si je fais un spectacle à Manchester par exemple, et que je mentionne Sir Alex Ferguson, la moitié du public va se mettre à huer et insulter, l’autre moitié va applaudir et ils vont commencer à se battre. Vous évitez certains sujets mais vous pouvez vous lancer sur des thèmes généraux comme la FIFA ou les supporters idiots de Chelsea dans le métro de Paris. Quand vous êtes sur scène, parfois tard le soir, le public peut être particulièrement bourré. Donc si vous commencez à les piquer, ça va mal se finir. Je ne connais pas de comique anglais qui utilise le football dans ses spectacles.

Par contre c’est un sujet qui me fait beaucoup rire. Je me suis mis sur Twitter depuis un petit moment et j’ai vu un tweet excellent qui synthétise parfaitement l’humour anglais et le football: « Paul Scholes était un si bon joueur, il aurait pu trouver mon père sur une passe, et je ne l’ai pas vu depuis mes cinq ans ».

Et puis j’opère dans plusieurs show de football. Un sur BT Sports, ça s’appelle Football’s On et sur BBC 5 live c’est Fighting Talk. On débat dessus en rigolant.

O!: En plus de ça tu te décris comme un Mod, donc tu attaches énormément d’importance à l’élégance et la façon de t’habiller. Qu’est-ce que tu pense de la mode dans le foot aujourd’hui?

Les joueurs de foot se sont toujours mal habillés. Seul Georges Best avait du style. Sinon ils sont tous horriblement sapés. Et les enfants suivent ça. Mes enfants ont adopté le look, casquette, sweat à capuche, jean descendu à la moitié des fesses. C’est une immense source de déception. Je leur répète très souvent qu’ils m’ont laissé tomber sur ce coup là.

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O!: Tu pourrais nous décrire tes premières impressions sur ta vie en France?

La première impression? Ambition accomplie. Je viens ici depuis 1982 – Platini hein! – et Natalie est à moitié française. Je suis très Anglais mais tellement francophile que je me suis senti à la maison. Le mari du couple qui nous a vendu la maison m’appelait « Monsieur So British ». Nous avons de bons amis ici et on est juste traités comme tot le monde. Ma femme et mes enfants sont très Français, moi je ne suis qu’une pièce rapportée habillée de façon excentrique. Je pense qu’ils doivent avoir de la peine pour ma femme.
O!: Tu as eu des retours parmi vos voisins?

Pas des masses parce qu’il n’y a pas beaucoup d’anglophones ici. Ce n’est pas la raison de notre venue et je ne parade pas en me prenant pour un extravagant intellectuel du coin. Et honnêtement je ne voudrais pas qu’ils le fassent. Il y a quelque chose d’adorable dans le fait que peu de gens savent vraiment comment je gagne ma vie. Je suis assez égocentrique pour profiter de ce mystère! Il n’y a aucun de mes voisins dans les bouquins de toute façon. Tous les personnages sont des mélanges de gens que nous connaissons, que d’autres connaissent… Je sais que la famille française de ma femme rêverait que ce soit traduis, donc si quelqu’un tombe sur ces lignes…

O!: Tu as quelques anecdotes sur ta vie en France?

Assez pour remplir deux et espérons trois livres d’ici à l’année prochaine, mais aussi un papier régulier dans un magazine!

Dans n’importe quelle situation en présence d’autres personnes, le mieux pour briser la glace ce sont les enfants. Les gens sont tous amenés à se retrouver à l’école ou au activités sportives, mais avec l’ajout du meilleur mixeur social: le « verre de l’amitié« . A la fin de la saison dernière, au club de foot local, avec quelques uns des pères on a peut être un peu forcé sur le rosé et nous nous sommes lancés dans un match qui est vite devenu trop sérieux.

On était nombreux à ne pas avoir joué depuis des années et au moins deux d’entre nous ont été opérés depuis. Moi c’était le dos et un autre, le genou. Ils devraient utiliser le rosé de Touraine dans tous les sports professionnels, tu ne sent carrément plus rien après quelques verres.

Je galère également encore un peu avec la langue. J’ai repris des cours pour pouvoir me produire plus en français l’année prochaine. Mais même la grammaire, l’orthographe, l’argot, le genre et le tu-vous sont plus faciles à assimiler que le nombre de bises sont acceptables dans un bonjour. D’après ce que j’ai compris ça va de une à quatre, selon le temps qu’il fait. Je suis sûr que certains en invente pour perturber Monsieur So British.


O!: Comment tu en es venu à écrire des livres?

Difficile comme question… Je veux voyager moins pour le boulot, ça veut dire que je dois écrire plus. La majorité de mes sessions de stand-up, en anglais et en français, sont inspirées de ma double-vie donc ça me semblait une progression naturelle. C’est une vie tellement bizarre que les gens m’ont dit que je pouvais remplir des livres avec. Mais le plus important c’est qu’il y a une histoire à raconter. On n’est pas juste arrivé, ça fait 10 ans qu’on vit ici. Ma femme est professeur ici, deux de mes trois garçons sont nés ici et mon ainé – l’Anglais – veut devenir un acteur bilingue et aller au Lycée de Tours. En Angleterre on me demande encore « si je vis toujours en France? » comme si c’était temporaire. Je peux te dire, ça ne l’est pas.

O!: Qu’est-ce que la France, et plus particulièrement la région dans laquelle tu vis, représente pour toi? « Chez moi » n’étant pas accepté comme réponse valide!

Pour moi la France a les bonnes priorités. Travailler, pour vivre et pas l’inverse. Là où nous vivons, la famille c’est important, les repas, les loisirs. Tout le monde travaille dur mais pas juste pour ne faire que travailler. C’est une des raisons qui nous a fait venir, pour offrir cet environnement à nos enfants. Ma femme venait dans la région quand elle était enfant, son grand-père était maître dans poste dans le coin, donc on a des racines en quelque sort. Mais pour moi qui pense autant de temps sur la route, ça représente tout ce que je veux et même maintenant, après 10 ans d’allers et retours, j’ai l’impression que je vais en vacances quand je rentre à la maison et ça c’est le meilleur des sentiments. »

Ian Moore est l’auteur de deux livres: « A la Mod. My so-called tranquil family life in rural France » et « C’est Modnifique. Adventures of an English grump in rural France » qui sont disponibles chez vos meilleurs libraires, en anglais. Evidemment vous pouvez choisir l’option des feignants sur Amazon. Retrouvez également toutes ses futures dates, ses billets d’humeur et son actualité sur son site internet.

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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