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Ze Interview: Sam Bridge caricature tout le foot

Caricaturiste et fan de Chelsea, Sam Bridge se fait un nom auprès des publications qui traitent de foot et il nous en a dit plus sur son métier-passion.

Olivier Sclavo — 12 septembre 2015
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Caricaturiste et fan de Chelsea, Sam Bridge commence à se faire un nom auprès des publications qui traitent de foot. Il nous en a dit un peu plus sur son métier-passion.

Offside! :  Est-ce que tu peux nous présenter ton parcours?

Sam Bridge: J’ai 30 ans et j’ai toujours vécu dans le Sud de Londres. J’ai étudié les Beaux Arts à University of East London. J’ai adoré, j’ai toujours voulu faire ça. Au début j’ai galéré, j’avais besoin d’argent et l’art ne m’en rapportait pas beaucoup donc j’ai bossé dans le recrutement pendant six ans. Je dessinais un peu de temps en temps et j’illustrais des murs aussi. Mais j’avais des horaires de bureau et je me débrouillais bien dans le recrutement donc c’était quand même assez rare.

Et puis l’année dernière je me suis lancé à plein temps. J’avais une base de clients en art public, c’était ma spécialisation à l’université. Les choses se sont très bien passées, j’ai agrandi ma clientèle et je divise mon travail en 80% d’art public et 20% d’illustration murales et pour des magazines de foot.

C’est que le début mais j’ai déjà l’impression d’avoir gâché les six dernières années. Là j’essaye de me mettre assez à l’abri pour ne pas avoir à travailler tous les jours de la semaine.

Très peu de mon travail vient de Londres. Je reviens juste de Bali où j’ai fait deux murs. Je bosse beaucoup avec les Etats-Unis et je m’envole bientôt pour l’Allemagne où je n’ai encore jamais mis les pieds.

Offside! : C’est quoi ton rapport au foot ?

Sam Bridge: Je supporte Chelsea, je les ai toujours supportés. Mon premier match c’était contre Tottenham. J’y étais avec mon père. Je crois que c’était le match en hommage à Matthew Harding (le propriétaire de Chelsea décédé dans un accident d’hélicoptère en 1996 alors qu’il revenait d’un match contre Bolton). Ruud Gullit était entraineur-joueur, donc je pense avoir gagné mes galons de supporters de Chelsea. Je suis avec eux depuis un bon moment, pas juste depuis les trois dernières années. J’ai connu Ruud Gullit, Vialli, ce genre de joueurs.

C’était une équipe de Londres, mon frère supportait Arsenal donc je devais choisir un club différent. Je dois d’ailleurs m’entrainer à dessiner le logo de leur nouveau sponsor .

Offside! : C’est ton père le fan de Chelsea alors ?

Sam Bridge: Mais même pas. Mon père est un fan de West Ham, on a tous choisi des clubs différents. Lui par contre il nous a avoué que ce n’était pas un amour d’enfance mais qu’il a commencé à les suivre à l’époque où ils étaient très forts. Comme nous avons grandi dans l’East End, il s’est aussi un peu justifié comme ça. Moi je suis né à Hammersmith, je me devais de choisir une équipe du Sud-ouest. Entre Brentford, Queens Park Rangers ou Chelsea, je crois que j’ai fait le bon choix…

O! : Tu joues au foot ?

Oui. J’y joue religieusement tous les dimanche. C’est entre une partie de foot entre potes et un vrai championnat. Au début, on voulait tous faire un peu d’exercice et puis on a eu des vrais buts. Donc à 13h tous les dimanche on est sur Tooting Bec Common et on est en moyenne huit contre huit. Plutôt pas mal si on considère que c’est juste un groupe facebook loin d’être sérieux. Je suis défenseur.

O! : Ton joueur préféré ?

En ce moment, Kurt Zouma. Sinon je pense à Gianluca Vialli quand il jouait à la Juventus Turin. Quand il avait quelques cheveux. Il était incroyable, tellement différent des autres joueurs. Un mec qui allait au charbon, un bagarreur. Il était très fort de la tête mais il pouvait facilement massacrer les buts sur une frappe de trente mètres. Toujours en mouvement et pourtant pas particulièrement rapide ni technique mais il ne se cachait pas et en tant que défenseur j’aimais ça.

O! : Comment tu en es venu à dessiner des joueurs de foot ?

Au début c’était juste pour déconner avec un pote. Juste « qui à l’air le plus débile ? ». On faisait des listes de joueurs, des choses qui nous faisaient marrer dans le foot. J’ai commencé à les dessiner, j’ai des potes qui écrivaient des histoires et on les a envoyés à des centaines de magazines de foot pour lesquels j’aurais aimé bosser. C’est ce type d’illustrations que je veux vraiment faire. Je ne veux pas en faire juste « pour en faire ». Ça doit d’abord me faire marrer, m’intéresser. Après j’ai eu de la chance. Certains magazines ont aimé ce que je faisais et m’ont embauché. Je me suis retrouvé à illustrer pour de tout petits magazines sur le football gallois ou ce genre de trucs.

O! : A quoi ressemblait ton email d’approche ?

Je m’étais vachement appliqué. On avait fait des recherches sur les magazines, mon portfolio était plein de dessins de joueurs qui ont l’air complètement débiles, d’arbitres et d’illustrations sur le sport, comme certains croquis que je faisais quand j’étais dans les tribunes de certains matches. C’était que des trucs que j’adorais faire et je crois que ça c’est vu et que c’est ça qui a plu.

O! : Et qui était le plus laid ?

On devrait tirer au sort entre Franck Ribéry et Ian Dowie. Les deux étaient très bons joueurs, de très bons gars. Mais je ne sais pas, Franck Ribéry à un espèce de sourire… La plupart des gens quand ils sourient tu te dis « aah c’est sympa », mais sur lui ça fait encore plus flipper.

Mais mes dessins de joueurs à l’air idiot, ce n’était pas une façon de les attaquer mais plus célébrer des gars comme Ian Dowie.

Wayne Rooney aussi fait partie du top, particulièrement après sa greffe de cheveux. Il ne s’est pas fait de cadeaux. Il a cette expression permanente sur le visage, horrible à regarder mais superbe à dessiner.

O! : Qui est le plus facile à dessiner ?

Ruud Gullit, que je dessinais beaucoup quand j’étais gamin était facile à faire. Tu avais juste à dessiner cette grosse masse de dreadlocks. Apparemment ça a chauffé dans les vestiaires de Chelsea quand Dennis Wise l’a appelé le « Yéti au gros nez ». Donc en fait voilà, tu as juste à dessiner un yéti avec gros nez et tu as Ruud Gullit.

J’ai fait beaucoup de caricatures de joueurs et j’ai toujours pensé que les chauves, comme Ivan de la Pena étaient très difficiles à faire. C’est dur de s’appuyer sur des caractéristiques de quelqu’un qui un visage si uniforme.

O! : Combien de temps tu mets à produire une illustration?

J’ai fait beaucoup de portraits. Ça me prend à peu près une semaine pour en faire un. Deux ou trois croquis de préparation pour travailler la composition de mon illustration. Après je dessine à partir de trois ou quatre sources d’inspirations différentes et je termine le croquis au stylo. Je peins à la peinture à l’eau et au film masque et je termine les finitions avec un stylo. Donc oui une bonne semaine si je suis concentré et au boulot tous les jours.

J’ai collectionné un nombre infini de vignettes Panini et de caricatures Pro Cards. J’ai été marqué par ce visuel du buste des joueurs sur les albums de vignettes. Je pense que tu peux tirer beaucoup du visage d’un joueur.

Quand j’étais sur des matches je n’avais qu’une heure et demie donc c’était juste mettre des coups de stylo ou de pinceaux. Je profitais de la mi-temps. Parfois c’était très abstrait, d’autres fois je m’appuyais sur des mots que je notais pour retrouver l’inspiration une fois de retour chez moi. Je prenais des photos et au final ça donnais souvent des trucs du genre affiches de film de Star Wars, avec un peu de tout ce qui s’est passé pendant le match. C’était une impression visuelle très personnelle du match que j’avais vu.

O! : D’où te vient l’inspiration ?

Je lis énormément sur le football, beaucoup trop en fait et beaucoup trop en détails. Je me rappelle avoir été marqué par une série de caricatures de tous les joueurs d’Aston Villa quand j’étais jeune et je vais essayer de reproduire ça avec Chelsea et vendre les affiches.

Sinon j’adore ce que fait Stanley Chow dont les illustrations sont très graphiques parce qu’il travaille essentiellement sur ordinateur. Ça n’a rien à voir avec ce que je fais mais le trouve très bon. Il ne travaille pas beaucoup sur le football mais son style marche vraiment bien pour les joueurs. Il est très connu et bien meilleur que moi.

O! : Tu as déjà eu des retours ?

J’ai fait les caricatures de sept employés de la FIFA accusés de corruption et la fille de Jeffrey Webb est revenue vers moi en me disant que ça ne ressemblait pas du tout à son père. J’ai dû vraiment prendre sur moi pour lui répondre poliment et éviter de lui dire : « ton père est un escroc alors la façon dont je le dessine c’est le dernier de tes soucis en ce moment ».

Le mec a essayé de justifier un truc comme un million de livre-sterling de frais en disant qu’il avait acheté une montre et des costumes. Ça tombait parfaitement bien que cette info soit tombée le jour qui a suivi son message. A la base je ne voulais offenser personne.

FIFA

O! : La caricature ce n’est pas si bien vu que ça en Angleterre ?

Je ne sais pas… J’en ai toujours fait. Il y avait ces vignettes de foot, les Pro Cards, avec lesquelles j’ai grandi, elles étaient géniales. Après tu peux choisir de vouloir vraiment choquer en attaquant ou juste d’accentuer certains traits et ils se retrouvent avec la tête plus grosse que le corps. Les français le font très bien. Ils tournent les gens en dérision et ça semble bien passer. Je pense juste que ça dépend la susceptibilité de ton modèle. Certains vont juste en rigoler et d’autres vont être vraiment choqués. C’est juste un dessin les gars !

O! : Tu n’as pas peur de te faire descendre par un supporter de Manchester United ou un des membres de la FIFA ?

Non (rires). Si tu regarde bien, les mecs ont des salaires à sept chiffres, ils peuvent facilement passer à autre chose. Je ne pense pas qu’ils soient prêts à se lancer dans une vendetta contre moi.

O! : Pourquoi avoir dessiné les arbitres ?

Parce que j’étais vraiment dégouté par leur niveau, leur manque de scrupules. Je me suis senti abandonné par tous les gens aux commandes. Je ne veux pas juste desiner les beaux côtés du jeu. Je voulais montrer cette facette aux gens, en les peignants de la moins plaisante et esthétique des manières.

O! : Est-ce que tu essayes d’enlaidir un peu le « Beautiful Game » ?

Je pense que j’essaye de le présenter de la plus globale des façons. Je peux montrer ce côté marrant qu’ont certains footballeurs avec leurs airs d’imbéciles mais aussi dessiner des aspects plus brutaux comme les magouilles de la FIFA. Il y a les habituels merveilleux joueurs, moments, actions qui enchantent tout le monde et moi-même et que je peint aussi mais je pense que mon truc c’est vraiment de vouloir mettre en avant des sujets qui devraient être vus aux par tous. C’est peut être un peu arrogant mais c’est un travail très personnel.

Ce n’est pas juste le joli ou le moins beau des côtés, ce sont tous les aspects du football que je veux montrer. Dessiner du foot, en discuter, ça occupe une part tellement importante de ma vie.

Tout le travail de Sam est à retrouver sur son site internet, cliquez ici!

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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