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Premier League: Et maintenant des salaires décents pour les employés des clubs?

Avec les renégociations des droits TV de la Premier League, les clubs se sont goinfrés et recrutés à tout va. Maintenant vont-ils augmenter les salaires de leurs petits employés…?

Olivier Sclavo — 11 août 2015
Chelsea Stewards
Chelsea Stewards

Watford ou Leicester qui deviennent plus attractifs que l’Olympique de Marseille ou Lyon, c’est la réalité aujourd’hui. La renégociation des droits de diffusion de la Premier League à hauteur de 7 milliards d’euros a complètement fait basculer le rapport de force financier en faveur des clubs anglais.

Une excellente nouvelle pour les fans du football outre-Manche qui ont vu leurs équipes n’avoir aucun mal à s’offrir à peu près n’importe quel joueur disponible sur le marché. Entre hausses des prix des transferts et augmentations de salaires pour leurs effectifs actuels, ça a été la foire cet été.

Une folie beaucoup moins à la mode chez les employés qui font concrètement tourner les clubs. Les stewards, les cuisiniers, les serveurs, les vendeurs de tickets, de maillots, j’en passe et des meilleurs, ne l’ont pas vu passer cet enrichissement de leurs employeurs.

Pourtant ce sont eux qui prennent en charge les supporters qui se rendent au stade, dans les loges privées comme dans les tribunes plus populaires. La plupart sont employés par des sous-traitants des clubs, souvent sur des contrats précaires et la majorité d’entre eux sont payés à la limite du salaire minimum pour vivre (minimum living wage), parfois en dessous.

A Londres, le minimum wage est de 9,15£ de l’heure contre 7,85£ dans le reste de l’Angleterre, un pays où la vie reste très chère. Une misère quand on apprend le salaire de certains employés des plus grands clubs du pays.

« Nous sommes payés 6,50£ de l’heure »

« Nous sommes payés 6,50£ de l’heure, pour quatre heures de boulot« , déclarait une des serveuses employée lors du match de Newcastle contre Southampton, à The Mirror. « Après le voyage jusqu’au stade et le retour, il ne nous reste plus grand chose dans les poches« .

Un constat alarmant qui a été pris en compte par les clubs puisqu’ils ont tous signé un accord pour garantir ce salaire minimum, à leurs employés directs, dès la saison prochaine. Une augmentation ridicule de tous petits salaires qui débutera dans un an. Pourquoi les plus pauvres de leurs salariés devraient attendre une saison supplémentaire?

 

Et si les clubs rendaient le foot toujours plus beau?

Et si les clubs rendaient le foot toujours plus beau?

Parce que certains ont déjà franchi le pas. Chelsea, Norwich, Luton, Hearts of Midlothian en Ecosse ou encore le FC United of Manchester, en sixième division, se sont tous décidés à payer décemment leurs employés directs et sous-traitants, dès cette saison.

La lenteur de ces institutions du paysage social et culturel britannique est laide. Une décision qui aurait un impact aussi ridicule sur les finances de ces géants, aurait une force exceptionelle auprès des médias, des supporters et de la population en général. Une décision gagnante auprès de tous et qui a inspiré des campagnes de mobilisations.

Les joueurs le savent mais se taisent

Le syndicat GMB a lancé la sienne qui s’appelle « End Foul Play » et qui est portée par Tim Roache qui reprend une équation toute simple: si les clubs peuvent proposer de bons salaires à leurs joueurs, pourquoi ne sont-ils pas capable de donner un salaire minimum aux personnes qu’ils emploient dans d’autres secteurs moins médiatisés.

« Les fans nous ont dit que si leurs clubs le faisaient (augmenter les salaires), ils les aimeraient encore plus« , rapportait Tim Roache à The Mirror. « Qui fait le match le weekend? Ce sont les personnels de sécurité, les serveurs, les guichetiers. Si c’est bon pour la saison prochaine après avoir encaissé les droits TV, pourquoi pas cette année? Il y a beaucoup de joueurs qui supportent cette cause car ils viennent de milieux populaires. Mais ils ne diront rien, ils craignent de parler.

On parle de milliers de personnes pour certains clubs qui organisent les matches, poursuit Tim. Ils peuvent se le permettre. C’est obscène qu’il y ait autant d’argent dans le football et que ces gens qui bossent si dur pour que le match se déroule bien ne soient pas reconnus. Mes deux filles travailles pour Nottingham Forrest et avec les déplacements, elles ne ramènent que 5£ de l’heure à la maison. »

Ils sont beaucoup à attendre que les clubs montrent l’exemple alors que dans le Nord-Est du pays, près d’un habitant sur quatre touche moins que ce salaire minimal.

Un juste retour d’ascenseur envers leurs supporters et leurs employés qui sont souvent les mêmes. Surtout après plusieurs saisons bien immondes pour certains.

Merci à Simon Bird, journaliste à The Mirror qui a attiré mon attention sur ce sujet. Son article est à lire en anglais ici.

Crédits photos: Olivier Sclavo

Olivier Sclavo

Journaliste, né dans le nid des Aiglons de l'OGCNice et vouant un culte sans fin à Paul Scholes. Basé à Londres pour vous donner le meilleur de ce que le football anglais a à nous offrir: des buts, des frappes, des tacles, de la bière et des tacles.

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