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Interview : « Le penalty est une métaphore de la vie : dans les moments-clés on réussit ou on échoue »

C’est l’exercice qui fait battre la chamade au coeur de tout supporter et de tout joueur de football en fait : le penalty. Ce tir à onze mètres du but qui fait pleurer ou provoque une explosion de joie. Tout ceci est le sujet du livre Onze Mètres : La Solitude du tireur de penalty de Ben lyttleton. De la lose anglaise à Eden Hazard le tireur parfait : retour en tête à tête sur un exercice hors-norme.

Alicia Dauby — 15 avril 2015
Ben Lyttleton : Onze mètres, la solitude du tireur de penalty
Ben Lyttleton : Onze mètres, la solitude du tireur de penalty

C’est l’exercice qui fait battre la chamade au coeur de tout supporter et de tout joueur de football en fait : le penalty. Ce tir à onze mètres du but qui fait pleurer ou provoque une explosion de joie. Tout ceci est le sujet du livre Onze Mètres : La Solitude du tireur de penalty de Ben lyttleton. De la lose anglaise à Eden Hazard le tireur parfait : retour en tête à tête sur un exercice hors-norme.

Ben Lyttleton : Auteur de Onze mètres : la solitude du tireur de penaltyPourquoi avoir consacré un ouvrage de 380 pages sur l’exercice du penalty ? Y a-t-il un lien avec la malédiction de l’équipe nationale anglaise ?

Il y a un très grand traumatisme lié aux penalties. En tant qu’Anglais j’ai vu mon équipe nationale perdre 6 séances de penalties sur 7 et ça m’a rendu profondément triste. Il y a eu la Coupe du monde en 1990, 1998, 2006 et l’Euro en 1996, 2000 et 2012. C’est beaucoup. Et à chaque fois qu’on pensait gagner un trophée, on a perdu aux penalties. La dernière fois que c’est arrivé à l’Euro 2012, je me suis dit : il doit bien y avoir une raison à ça. Je me suis alors demandé si c’était une coïncidence que l’Angleterre perde constamment aux penalties alors que d’autres équipes, comme l’Allemagne, gagnait ! Plus je me posais de questions, plus je trouvais de réponses, et c’est pour cela que c’est devenu un gros livre. Je ne pensais pas trouver autant de réponses. J’en ai trouvé des spécifiques à l’Angleterre et puis aussi pour d’autres pays.

S’agit-il d’un exercice psychologique ?

Si tu joues une Coupe du monde, tu deviendras un très grand joueur et tu évolueras au plus haut niveau. Si tu joues pour une équipe nationale, c’est la même chose : une séance de tirs au but, ce n’est pas une question de capacités. N’importe quel joueur peut marquer un pénalty. Et quand tu joues pour ton pays, tu dois faire un 10/10 aux penalties. Mais même les plus grands joueurs du monde échouent souvent : Baggio a raté lors de la finale de la coupe du monde en 1994, Michel Platini aussi en 1984, alors qu’il était le meilleur joueur du monde.

Pensez-vous que les meilleurs joueurs sont plus enclins à échouer au moment des tirs au but ?

Ils échouent souvent à cause de la pression, une pression qui vient s’ajouter en raison de leur statut de joueurs clés. Récemment, Lionel Messi a raté 5 penalties sur 10 alors que c’est le meilleur joueur du monde qu’on n’ait jamais vu. On se demande comment ça peut être possible ! Et bien je vois deux raisons derrière cela : premièrement, c’est parce qu’il a changé sa technique. Deuxièmement, plus il rate plus il y a de pression sur ses épaules. C’était intéressant de voir que lors d’un match, il avait laissé tirer Neymar à sa place, se disant que pour une fois, il allait laisser la pression à un autre. Mais Neymar n’était pas prêt pour ça, et lui aussi a échoué en raison du manque de préparation. Mais quand Neymar a commencé à marquer, je pense qu’on a assisté à la naissance d’un nouveau butteur et que Neymar deviendra le meilleur butteur et pas Messi.

Donc quand une équipe commence à perdre aux tirs au but, elle est condamnée à échouer comme si elle était vouée à une malédiction ?

Il y a des données statistiques qui montrent que plus on rate de penalties, plus on est amené à en rater par la suite. C’est à cause du traumatisme lié à un pénalty raté que plane ensuite une ombre sur toute l’équipe et ce même si les joueurs impliqués dans les séances de tirs au but n’étaient pas dans l’équipe avant. Ça arrive seulement en Angleterre.

Est-ce que les joueurs réfléchissent avant de tirer un pénalty ou y vont-ils à l’instinct ?

Il y a un équilibre. Vous ne devez ni être trop détendu ni trop stressé. Vous réfléchissez un petit peu mais pas trop. Vous pensez à l’exécution du tir plutôt qu’à l’issue. Et si vous venez du cercle central jusqu’aux 11 mètres, vous ne devez pas vous dire : « je n’ai pas le droit rater, je n’ai pas le droit de rater ». Vous aurez plus de chance de marquer si vous prenez le ballon dans la main et si vous vous dites : je fais six pas, je prends une grande inspiration et je regarde le gardien. Il faut se concentrer sur votre routine plutôt qu’au résultat et vous aurez plus de chance de réussir.

Pensent-ils au moins au côté qu’ils vont choisir avant de tirer ?

Certains d’entre eux choisissent leur côté oui. Mais les plus grands joueurs aujourd’hui ont recours à une stratégie qu’on appelle la « dépendance du gardien ». Ils attendent que ce soit le gardien qui choisisse en premier le côté duquel ils vont plonger pour ensuite tirer. Après un certain temps, cette stratégie a été reconnue comme un moyen efficace de marquer des penalties. Eden Hazard utilise cette méthode.

N’est-ce pas une technique trop risquée ?

Si ça l’est. Mais si tu crois en ta technique tu auras plus de chance de marquer. Ces joueurs s’entraînent tout le temps, ils ont de très bonnes réactions, un bon œil, et si le gardien attend au milieu, ils ont deux côtés qu’ils peuvent viser dans tous les cas. Regardez les penalties d’Eden Hazard, ils sont fantastiques, presque parfaits.

D’ailleurs, est-ce que le pénalty parfait existe ?

Un pénalty réussi est toujours un pénalty parfait. Le problème avec le pénalty c’est qu’il y a tellement d’éléments extérieurs que quelque soit le pénalty, s’il est marqué, il est parfait. S’il y avait un endroit où l’on aurait la garantie de marquer ce serait dans les coins en hauteur mais le problème avec cette option c’est qu’on peut viser trop large ou trop haut. Il y a deux zones où l’on ne peut pas se tromper : quand on vise trop bas, on peut viser large mais pas trop bas, tu peux pas frapper le ballon plus bas que terre donc mathématiquement, la marge d’erreur est moindre lorsqu’on vise bas.

Avez-vous déjà raté un pénalty dans votre parcours ? Si oui, qu’avez-vous ressenti ?

Oh Oui ! C’ait lors d’un match amical : j’étais trop confiant. J’ai essayé de faire une panenka alors que je ne m’étais pas du tout entraîné et j’ai raté. J’ai ressenti à la fois de la honte, de la tristesse, de la douleur, j’étais aussi contrarié et gêné. Mais ce n’était pas mon travail, ma vie et ma carrière n’en dépendaient pas. Je ne me souviens même pas qu’on m’ait demandé si j’avais raté un pénalty dans ma carrière mais si vous êtes footballeur c’est ce qu’il se passe : toute votre carrière repose sur ces moments-clés. Le pénalty est aussi une métaphore de la vie : dans la vie il y a toujours des moments-clés où l’on peut soit réussir ou échouer. Ce que j’ai appris des penalties, même sans être un joueur professionnel, c’est qu’il y a toujours ces moments-clés que l’on doit affronter, même sous la pression et on doit être fort psychologiquement. Donc le pénalty est devenu pour moi plus qu’un coup du football, ça m’a beaucoup appris sur la vie aussi.

Quel joueur vous a le plus marqué dans l’histoire du pénalty?

La rencontre d’Antonin Panenka, joueur tchèque et butteur à l’Euro 1976, a été un grand moment. Il a inventé un nouveau pénalty. Il frappe doucement la balle par en-dessous en visant au milieu des cages. En faisant ça, il donne aux joueurs une troisième option : avant c’était toujours gauche ou droite et maintenant il y a également l’option du milieu. Ce pénalty a montré de la spontanéité, de l’impulsion, de l’impudence et une habileté lors de la finale de la coupe du monde en 2006. Ce tir a été copié dans le monde entier, tout le monde le fait et je pense qu’il a été très fier qu’on lui ait attribué son nom. Mais ça lui a aussi coûté parce qu’il disait que tout le monde allait se rappeler de lui seulement pour la panenka alors qu’il avait eu une grande carrière. Mais peut-être vaut-il mieux que l’on se rappelle de vous pour une chose que pour rien. Et je continue de penser que marquer un pénalty en faisant une panenka a plus de valeur qu’un simple but en raison de l’impact psychologique que ça provoque sur votre adversaire.

Votre anecdote préférée ?

C’était lors de la demi-finale de la coupe de la ligue PSG-Nantes en 2003. Ronaldinho se tenait face à Landreau avant de tirer un pénalty. Ronaldihno allait devenir l’un des plus grands noms du foot international, une superstar, un vainqueur de coupe du monde. Landreau s’est alors posté sur le côté gauche des cages, laissant le champ libre à Ronaldihno. Sur un contre-pied, il a réussi à arrêter le pénalty du Brésilien. Je me souviens très bien du regard d’horreur et de surprise sur son visage quand il a réalisé que le gardien l’avait piégé. Landreau disait : « c’est une partie de poker ». Il faut juste bluffer son adversaire. On attend toujours du joueur qu’il marque. Landreau a juste essayé de le piéger. Il y a toujours une personne qui est favorite, c’est le joueur. Le gardien n’a rien à perdre d’où cette pression sur le tireur. Et Landreau a fait exactement ce qu’il fallait faire. Les gardiens devraient prendre plus de risques à ces moments-là, je trouve qu’ils n’en prennent pas assez.

Votre livre a été un véritable succès. Pensez-vous que grâce à votre ouvrage, l’équipe d’Angleterre progressera dans le futur ?

J’adore cette question ! J’espérais que le staff donnerait un exemplaire du livre à l’équipe avant de décoller pour le Brésil pour qu’elle soit prête à affronter les séances de tirs au but, à gagner, à battre les Allemands et remporter la coupe ! Malheureusement, ils ne l’ont pas eu et ils ne sont pas allés aussi loin qu’espéré. Mais j’espère qu’on se qualifiera pour le prochain Euro en France, qu’on aura l’opportunité pour la première fois de renverser la tendance et que le livre sera finalement utile pour eux.

Alicia Dauby

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