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ITV exclusive – Christophe Lollichon : « Cech, Courtois, les mecs se tirent la bourre »

Christophe Lollichon connait le Chelsea Football Club par coeur, si bien qu’il a côtoyé huit entraineurs en 8 ans. Lundi, dans notre ville commune, Londres, pendant une bonne demi-heure d’entretien, il retrace le passé, sa relation avec Petr Cech, ce texto reçu à Rennes un dimanche, Kurt Zouma et le métier de gardien. Avant le match contre le PSG, interview sans langue de bois.

La rédaction — 10 mars 2015
Christophe Lollichon
Christophe Lollichon

Christophe Lollichon connait le Chelsea Football Club par coeur, si bien qu’il a côtoyé huit entraineurs en 8 ans. Lundi, dans notre ville commune, Londres, pendant une bonne demi-heure d’entretien, il retrace le passé, sa relation avec Petr Cech, ce texto reçu à Rennes un samedi, Kurt Zouma et le métier de gardien. Avant le match contre le PSG, interview sans langue de bois.

Offside ! : C’est purement l’ambition qui vous fait rejoindre Chelsea ?

Christophe Lollichon : « Avant l’ambition, c’est une demande parce que nous avons tous envie de voir plus haut. Quand vous recevez un texto un samedi après-midi avant d’aller au vert avec Rennes, et qu’on vous dit si ça vous intéresse de devenir entraineur de Chelsea, ça vous remue un peu quand même. Je l’ai fait lire à ma femme à côté de moi qui m’a confirmé que c’était bien Petr Cech qui me l’a envoyé. Le football anglais, c’est quelque chose d’unique. L’envie a été forte de le rejoindre. Même si psychologiquement, ça me gênait de partir du Stade Rennais en cours de saison. J’avais fait venir deux gardiens à Rennes, on était troisième du championnat. Après l’envie…Quand vous avez la passion et que vous voulez aller le plus loin possible, forcément Chelsea, c’est une opportunité bénéfique. »

O! : Comment ça se passe, travailler avec José Mourinho ?
« C’est la deuxième saison. On s’était croisés avant, mais je n’avais jamais travaillé avec. »

O! : Est-ce que c’est spécial ?
« C’est un entraineur avec une aura considérable. On l’appelle le Special One. Il sait ce qu’il veut. C’est un winner. C’est un vrai winner. Il est capable de gérer les égos. Il est le numéro un sur la liste. Il est capable de protéger ses joueurs et de les critiquer, mais à bon escient et quand il le faut. On connait José dans tous les clubs où il est passé : il gagne. On aime ou pas la méthode. Cette méthode a évolué. Les joueurs qu’il a sous la main ne sont plus les mêmes qu’à Madrid ou à l’Inter. C’est extrêmement professionnel. »

O! : André Villas-Boas disait que virer un entraineur à Chelsea, c’est comme un jour ordinaire au travail. L’instabilité, ça vous a gêné parfois ?
« Il y a des moments gênants. Vous avez ou pas des affinités avec l’entraineur qui est en place. Il y en quelques uns qui se sont pris un joli râteau cet été avec leur sélection. Il n’y avait pas beaucoup d’affinités donc ce n’était pas un regret (Note : Il parle de l’ami Luis Felipe Scolari et du Brésil). Il y en a d’autres avec qui vous auriez aimé poursuivre l’expérience. Malheureusement ou heureusement à Chelsea, il faut obtenir des résultats. On n’est pas patient avec les gens en place. Donc ça change, et il faut se réadapter. C’est pas toujours facile. Un garçon comme Carlo Ancelotti est un homme fantastique qui aime voir les gens heureux autour de lui. C’était un grand plaisir de travailler avec lui. On a décrié Avram Grant pour sa soi-disant incompétence, mais il était loin d’être incompétent. Un expérience en Ligue des champions avec Di Matteo, ce sont des souvenirs qui restent à vie. On fait tout en deux mois : on gagne la Ligue des champions et la FA Cup (en 2012). »

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Est-ce que t’es au courant ? T’es viré

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O! : D’un point de vue purement professionnel, on s’attend à constamment changer de méthodes et aussi à faire ses valises non ?
« La première chose à laquelle il faut s’attendre, c’est ce qui va advenir de vous. Ma première année à Chelsea, je reçois un texto d’un copain à Rennes. Il me dit “est-ce que t’es au courant ? T’es viré”. C’était sur le site de France Football et l’Equipe : j’étais viré parce que Scolari arrivait avec son entraineur des gardiens. Je revenais de vacances avec mon épouse et mes enfants, et ils m’apprennent ça. Je téléphone au club et on me dit qu’il vient avec son entraineur des gardiens mais qu’il sera missionné sur autre chose. En attendant, il y a une petite suée quand même. Il y a eu des entraineurs qui sont arrivés avec leur staff complet dont leur entraineur des gardiens. Aujourd’hui, je continue à faire mon travail et des gens me font confiance. »

O! : Comment vous expliquez cette longitivité ? Vous paraissez indéboulonnable.
« Il y a un rapport avec Petr Cech qui est quelque chose de rare, ça fait huit ans qu’on travaille ensemble; ça fait huit ans qu’il faut trouver le moyen de trouver des entrainements intéressants. On a une relation qui va au-delà de l’aspect sportif d’ailleurs. Il y a ce moment où un jeune gardien arrive. Mais Petr est toujours là. Il y a des gens au club qui apprécient votre travail. Je ne détiens pas de vérité. Je bosse beaucoup et je ne suis pas souvent chez moi, parce que je veux toujours être dans la vision permanente. »


Petr Cech1

O! : Comment il va Petr Cech ?
« Il va bien. Il a gagné un titre, le 14e en 10 ans. Petr va bien même si la situation n’est pas facile. On a affaire à un garçon remarquable avec des valeurs et qui ne va pas s’enterrer parce qu’il a perdu sa place de numéro 1. A partir de là, il bosse comme s’il allait jouer tous les weekends. »

O! : Il y a une transition entre deux joueurs qui se passe. On se demande si c’est l’affaire de Mourinho ou si vous participez beaucoup ou peu. Comment ça se passe ?
« Le fait d’avoir placer Thibaut numéro 1, c’est la décision du manager. Après, quand il y a des rotations, on peut discuter. Mais avant tout, c’est la décision du manager. Il est intéressant de le savoir assez tôt parce qu’il y a des éléments à aménager. Il décide, on discute parfois. Puis on gère à l’entrainement. »

O! : Vous avez évoqué la relation particulière avec Cech. Vous devez gérer aussi Courtois en faisant de lui le meilleur. Comment vous gérer ça ? Niveau affectif, ce n’est pas évident. Il faut être pro…

« C’est pas évident car vous avez un gardien comme Petr qui est au sommet de sa forme. On a deux des trois meilleurs gardiens du monde. C’est un avantage. Que vous mettez l’un ou l’autre, ça ne change rien. On l’a vu contre Everton et en finale de League Cup. Les adversaires ont toujours un gardien phénoménal devant eux. Maintenant, il faut discuter. Je ne peux pas parler de tout. Mais on échange beaucoup. On a affaire à des garçons intelligents. Petr aide Thibaut. Il ne va pas lui mettre des peaux de bananes. A la mi-temps, on discute ensemble. Après les matchs aussi. Vous vous rendez compte du modèle ? Si vous aviez un type qui maugréait parce qu’il a perdu sa place ou ceci, ou cela. Les mecs se tirent la bourre. »

O! : Qu’est ce qu’il a de plus Courtois que les autres gardiens de Premier League ?
« Sa taille déjà : il fait quasiment deux mètres. Il a une envergure phénoménale. Il est très explosif. Il a ajouté aussi un truc, c’est qu’ à l’Atletico, il jouait bas. J’aime bien les gardiens qui sont un peu libéro. Il a fait évoluer son jeu tactiquement. »

O! : C’est quoi la tactique d’un gardien ?
« Sa façon de gérer son match. Un gardien, c’est comme un aiguilleur du ciel. Il faut coordonner les mouvements. Le gardien, c’est quelqu’un qui doit anticiper. Quand on a le ballon, où est-ce que je me positionne. Savoir où se placer quand on perd le ballon, ça veut dire gestion de la profondeur. Quand on a une équipe qui joue haut, il faut être prêt à gérer et savoir où l’adversaire peut contre-attaquer. C’est le résultat de l’analyse avant le match. Le gardien moderne, ce n’est pas qu’un shot stopper. C’est un joueur. La seule différence, c’est qu’il peut utiliser ses mains. »

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On va voir des matchs de hockey avec Petr Cech

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O! : Comment vous faîtes pour faire progresser un gardien ?
« On répète les mêmes gestes. Des gammes ? Oui. Vous individualisez le travail. Petr est très complet. Sur Thibaut il y a des petites choses à voir sur certaines interventions. Il y a une énorme part du travail sur vidéo. On analyse tous les matchs. J’analyse tous les matchs de Petr, Thibaut. Ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps. Un analyse d’images et la discussion, ça fait quatre heures ou quatre heures et demi. On sélectionne les images. Sur le match du PSG, Thibaut a toutes les images où il s’est retrouvé à l’écran (lors de la retransmission TV) pendant le match aller contre le PSG. On a une caméra grand angle avec presque les deux buts. Je vois toujours la position du gardien. Hors de question de voir le gardien à l’arrêt ! Vous savez combien un gardien de Chelsea fait de kilomètres ? »

O! : 3, 4, 2 ?

« Entre 5 et 6, beaucoup en marchant. Mais parfois il faut savoir accélérer au bon moment. C’est tout le travail qu’on fait. Le gardien est aussi susceptible d’ouvrir un angle de passe quand un joueur a du mal à ressortir le ballon. Il peut aérer le jeu. C’est savoir anticiper. Bien sûr, il faut savoir se servir de ses pieds. Mais 80-85% d’un match de gardien se joue avec les pieds. Il faut être prêt. »

O! : Comment vous compareriez Cech à son arrivée et Courtois qui joue sa première saison cette année ?
« C’est très proche. C’est du top. Il ont complété leur jeu tactiquement. Techniquement, ils sont très complets. Petr pour son premier match à Deauville avec Rennes, je voulais qu’il joue haut. Pendant le match, il se retournait pour savoir où il était par rapport à son but. J’ai demandé à l’arbitre à la mi-temps d’utiliser de l’elasto. Je voulais en mettre sur la pelouse. J’en ai sur le prolongement des deux poteaux, sur les 5,50, sur le point de penalty puis sur les 16,50, ça lui permettait de se mettre plus haut, il savait où était le poteau. Il lui a fallu 45 minutes : Après il avait tout compris. »

O! : Vous allez bosser avec Thierry Omeyer ?

« Vous ne croyez pas si bien dire. On est en contact. J’aimerais bien que Thierry vienne nous voir pour qu’on échange avec les gardiens. Parce que je suis de plus en plus sensible au jeu des gardiens de hand. L’arrêt de Petr contre Everton, c’est entre le handball et le hockey. On va voir des matchs de hockey avec Petr, à Guilford, une équipe de D2 très intéressante. Omeyer a un emploi du temps très chargé mais on a commencé à discuter. Et une rencontre avec les autres, ça peut être intéressant. »

Christophe Lollichon

O! : Zouma, dans quelques années, c’est le top niveau non ?
« C’est un joueur en devenir. »

O! : C’est le nouveau Desailly comme a dit Mourinho ?
« Marcel, il est très bon dans la com’ aussi. Il faut attendre et il ne faut pas comparer. Marcel, techniquement, avait plus de finesse. Kurt est en train de l’acquérir. »

O! : On a l’impression que Marcel était plus dur sur l’homme…
« Il y a la compréhension du jeu aussi. Kurt, il est jeune. Il vient d’arriver, et il a eu une bonne formation à Saint-Etienne. Il faut qu’il affine sa connaissance du jeu. Il est déjà en équipe de France. Il n’est ni titulaire à Chelsea, ni en Bleus, mais il est quand même au top en termes de club et de sélection. C’est un gros bosseur. C’est sérieux. Il a le focus sur ce qu’il a à faire. Il a surtout l’intelligence de faire ce qu’il sait faire, et de ne pas vouloir trop en montrer. Et ça, c’est très bien. »

Entretien réalisé par Paul Basse, Louis Bierlein et Olivier Sclavo – Crédit photo : Marc Puig i Perez & Ronnie McDonald

La rédaction

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