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Klas Ingesson : “J’ai choisi la vie”

Atteint d’un cancer incurable, Klas Ingesson (Sheffield Wednesday, 1994-1995), passé par l’OM raconte son quotidien d’entraineur marqué par la maladie.

Paul Basse — 29 octobre 2014
Crédit : ADAM IHSE/TT News Agency/Press Association
Crédit : ADAM IHSE/TT News Agency/Press Association

Atteint d’un cancer incurable, Klas Ingesson, passé par l’OM et Sheffield Wednesday, racontait avant son décès son quotidien d’entraineur marqué par la maladie.Article republié suite au décès de Klas Ingesson annoncé aujourd’hui. 

Elle approche cette mi-temps du derby de la côte Ouest, entre l’IFK Göteborg et Elsborg, les deux équipes en tête du championnat de Suède. Les joueurs se dirigent vers le vestiaire. A quelques mètres d’eux, on distingue le co-manager d’Elfsborg Klas Ingesson. L’ancien milieu de terrain, international à 57 reprises, ne prend pas le même chemin que les 22 acteurs. Il est en fauteuil roulant.

Pris, dans un câble qui traîne, Ingesson bascule et tombe vers l’avant, sans avoir la chance d’amortir sa chute en se retenant par les mains. Le staff médical réagit rapidement et une ambulance est dépéchée en quelques minutes et l’emmène à l’hôpital.

Une fracture du fémur est diagnostiquée. Ingesson ne s’en préoccupe guère. Il ne veut pas quitter le Gamla Ullevi Stadion.

Il voulait rester, et voir comment le match allait se terminer”, révélera Matilda Lundblad, médecin d’Elfsborg à Sportbladet le lendemain. “Il nous a également demandé si le carton rouge en première mi-temps était justifié ou non. Mais on devait l’emmener à l’hôpital.

Rugueux et combatif, l’ancien joueur de Sheffield Wednesday l’est tout au tant dans la vie. Et contre le cancer. Début 2009, on a diagnostiqué à Ingesson la maladie de Kahler, une forme de cancer myélome. Pour la plupart des malades, il n’y a pas de traitement.

« Guidolin ? Un idiot »

Né à Odeshog dans l’Ostergotland, Ingesson n’avait pas le glamour de Thomas Brolin ou la classe de Marcus Dalhin, durant sa carrière. Ingesson était en revanche un athlète d’exception, capable de courir pendant 90 minutes et se battre pour des ballons que la plupart des joueurs voit déjà comme perdus.

Le chauve a toujours utilisé les mêmes ressorts durant sa carrière : engagement et dévouement. Ce style qui ne fait pas sauter de sa chaise. Mais au terme de la saison, à coup de tacles et de taquets, on louait toujours ce grand suédois capable de mouiller le maillot comme pas deux. Klobbe -son surnom, est un joueur de devoir qui n’a pas représenté pendant plus de 10 ans sa sélection pour rien.

Surmonter les barrières a toujours été le quotidien d’Ingesson. En 1993, quand il commence sa saison au PSV Eindhoven, son entraineur ne veut pas de lui. Las, il est prêté à Sheffield Wednesday où il doit composer selon ses mots avec des joueurs “qui allait tout droit au pub après l’entrainement, mais qui courrait comme des lapins le samedi”. A Bologne, le courant n’est jamais passé avec l’ancien coach de l’AS Monaco Francesco Guidolin “le plus idiot” de ses entraineurs. Plutôt que la Roma (futur champion d’Italie en 2001), il rejoint l’OM d’Abel Braga en 2000, et s’entraine tous les jours avec Adriano et Karim Dahou. Il ne tiendra que six mois. “J’aurais dû rejoindre Fabio Capello quand il voulait de moi à la Roma” regrette-t-il.

Klas Ingesson sous le maillot de l'OM

Retour en Italie pour Ingesson à Lecce. Mais l’envie n’est plus là. Sonne alors l’heure de la retraite, et un retour au pays en 2001. La première année post-football a été la plus difficile.

Un journaliste, Hans Linné de l’Expresse avait l’habitude de m’appeler à 1 heure du matin pendant ma carrière. Quand il le faisait, je lui hurlais dessus. La première année, j’étais toujours éveillé à 1 heure du matin en me demandant : “ce serait bien si Linné m’appelait ».

La nostalgie est le poison du footballeur à la retraite. Ingesson a sans doute des souvenirs plein la tête de l’épopée suédoise au Mondial 94. Ingesson a dû se souvenir avoir fait face à l’adversité, d’autant qu’il est assigné au couloir gauche, loin de sa position axiale habituelle. Il faut faire de la place à Thomas Brolin, qui joue dans un rôle libre. Beaucoup demande avant le tournoi à ce que Anders Limpar soit titulaire. Infatigable, même en plein cagnard, Ingesson impressionne. Il n’y a plus débat.

Tout change en 2009

Après 2001, Ingesson s’ennuie. Ses journées se résument à s’occuper de sa ferme de 815 hectares dans les bois. Sa femme, Veronika, lui propose de reprendre une licence à Odeshog, en cinquième division, son premier club. Au bout du compte, il reprendra en main l’équipe comme entraîneur.

C’est en 2009 que tout change. Ingesson a mal au dos depuis plusieurs mois et décide finalement d’aller consulter à l’hôpital. “Quand j’ai appris pour mon cancer, tout est devenu noir”, se remémore Ingesson. “Beaucoup de membres de ma famille ont eu un cancer, donc pour moi, cela signifiait la mort. Mais une fois le choc passé, j’ai décidé de choisir la vie, de me battre, et de dépasser cette situation.Tout était noir, puis, je me suis pris pour Superman et je me suis dit : “Je vais devoir faire avec ça. Je n’ai pas en m’en plaindre”. Puis je me suis crashé, complètement. Mais je pense qu’il faut se crasher pour pouvoir refaire surface”.

Lorsqu’Ingesson prononce ces mots, il vient tout juste de recevoir une deuxième greffe de cellules. La maladie, dit-il, a changé sa vie, et ses priorités : “Avant le cancer, j’avais une vie d’égoïste où le football était le plus important. Maintenant, ce n’est que la famille. Tout ce que je prenais pour acquis avant est maintenant énorme et important. Avant je ne me reposais jamais et je voulais tout, tout de suite. J’ai changé. J’aime être avec Veronica et mes garçons”.

Klas Ingesson avec Elfsborg

Si la myéloma n’offre aucune chance de survie, de nouveaux traitement donne à 37% des patients plus de 5 ans à vivre. Cela fait exactement 5 ans qu’Ingesson a connu le pire jour de sa vie. “Aller sur Google et regarder les chances de survie et toutes ces choses peuvent-être dévastantes. Cela m’a aidé de ne pas trop en savoir sur la maladie. Cela peut-être bon d’en parler avec ceux qui ont été également diagnostiqués. La maladie est là, et j’aime en parler. Je me sens mieux et je dors mieux”.

« J’ai cette merde, je ne veux pas de sympathie »

Le football aide aussi. Entraineur des équipes de jeunes d’Elfsborg l’an passé, il a été promu lorsque Jorgen Lennartsson a été écarté. Tout n’a pas été facile. L’hiver dernier, Janne Mian a été recruté pour le seconder au poste de co-entraineur.

C’est d’abord en béquilles qu’Ingesson se déplace. Puis lors du stage de pré-saison, en février, les médecins lui ordonne d’utiliser une chaise roulante. En avril, dans une interview accordé à Dagens Nyheter, il faisait part des difficultés à continuer à travailler : “La douleur change d’endroit. En ce moment, c’est le genoux, mais avant, c’était mon dos et ma poitrine. Je n’ai plus de muscle, et il y a beaucoup de pression sur mes tendons et mes ligaments”.

Pour Ingesson, le problème est ailleurs. Sa maladie impacte forcément le quotidien de son équipe : « La seule chose qui m’inquiète, c’est que ma maladie perturbe le groupe. Mais je leur ai parlés, et ils connaissent la situation. J’ai cette merde, c’est comme ça. La première chose que j’ai dit, c’est que je ne veux de leur pitié. Je veux qu’ils me disent les choses en face, directement« . Il pourrait inspirer la compassion. Klas Ingesson la refuse. Il veut être jugé comme tout autre entraineur.

Article publié en juillet et traduit du blog de Markus Christenson sur le Guardian. Pour en savoir plus sur la Myeloma, allez ici.

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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