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Premier League – ITW : « Un modèle économique qui n’est pas durable »

La Premier League a claqué un milliard d’euros en transferts cet été. Angel Di Maria (Real Madrid) est devenu le joueur le plus cher de l’histoire du football britannique après son transfert record (75M€) à Manchester United. Les Red Devils ont dépensé sans compter -193M€-comme la plupart des autres clubs anglais. Pour l’économiste Didier Primault, Directeur du Centre de Droit et de l’Economie du sport, l’heure de la régulation est venue.

Paul Basse — 11 septembre 2014
Premier League : Le cas Falcao
Premier League : Le cas Falcao

La Premier League a claqué un milliard d’euros en transferts cet été. Angel Di Maria (Real Madrid) est devenu le joueur le plus cher de l’histoire du football britannique après son transfert record (75M€) à Manchester United. Les Red Devils ont dépensé sans compter -193M€-comme la plupart des autres clubs anglais. Pour l’économiste Didier Primault, Directeur du Centre de Droit et de l’Economie du sport, l’heure de la régulation est venue. [hr style= »dotted »]

Offside ! : La Premier League a dépensé un milliard cet été. Ce chiffre vous suprend ?

Didier Primault : « Pas totalement. On savait que les clubs de Premier League avaient la perspective de voir leurs revenus augmenter avec les nouveaux contrats TV (NDLR : 2 milliards d’euros par an entre Sky Sports, Bt Sport et les droits à l’étranger). On a pu observer ce phénomène quand on a eu une augmentation de cette nature en France. Quand il y a de nouveaux droits TV, on voit les masses salariales et les montants de transferts augmenter également. »

O! : On ne peut pas lutter dans les autres pays face à ça ?

DP : « Non, effectivement. Il y a une telle force de frappe… Cela s’ajoute à une capacité très importante à générer des revenus dans les stades eux-mêmes. Les Matchday Revenu sont très supérieurs en Angleterre. Cela donne une puissance de feu très importante. Après, il faut remarquer qu’il y a une forte concentration des dépenses. Les années précédentes, c’était plutôt Manchester City, Chelsea. Cette année, c’est Manchester United qui arrive sur le devant le scène. On voit une logique de cycle dans tout cela. Manchester United a eu des résultats l’an passé, nettement inférieur aux années précédentes et à son ambition légitime. Donc, pour rebâtir une équipe, ils ont mis beaucoup d’argent sur la table. Les dépenses de United représentent une part très importante de ces dépenses totales. »

O! : L’obligation de résultat et de rester dans la course poussent ces clubs à dépenser sans compter ?

DP : « C’est clair, l’objectif est sportif. On connait l’intérêt d’une qualification pour la Ligue des champions. Manchester United a été habitué à participer à cette compétition. Ils voient les inconvénients maintenant qu’ils n’y sont plus. Encore faut-il être capable de dépenser ces sommes. Evidemment, dans certains pays, une régulation pas vraiment rigoureuse permet de dépenser de l’argent qu’on n’a pas. On sait que les clubs anglais ne dégagent pas de bénéfices et ils devront payer leurs dettes à un moment ou à un autre. Mais Manchester United a un modèle économique qui lui permet d’encaisser un choc comme celui-ci. »

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O! : Compte-tenu de l’augmentation constante des droits TV, peut-on rejeter du coup la thèse qui veut que l’Angleterre vit dans une bulle financière ?

DP : « La Premier est une machine extraordinaire pour dégager des revenus. On le sait depuis longtemps. Le problème, c’est que leurs clubs n’arrivent pas à contenir leurs dépenses et devenir des entreprises totalement bénéficiaires. C’est vrai que si leurs comptes d’exploitation sont positifs, les clubs anglais déséquilibrent leurs résultats par des dépenses importantes de transfert. On peut considérer qui’l y a danger pour certains clubs. On voit, que lorsque la conjoncture se retourne, cela peut créer des catastrophes comme à Portsmouth (NDLR : Quasi-faillite en 2010). La Premier League est une machine mais vu de l’extérieur, je considère qu’il y a un problème de régulation. On peut penser qu’avec le FPF et les mesures prises par la Premier League qu’il y a une prise de conscience que ce modèle ne peut pas être durable malgré ces revenus extraordinaires. »

O! : Les clubs voient leurs revenus augmenter mais dépensent dans le même temps un milliard d’euros tout en augmentant le prix des places. Comment peut-on l’expliquer ?

DP : « Les clubs regardent simplement les faits. Les supporters sont des consommateurs qui votent ou non avec leurs pieds. Même s’il y a eu un tassement dans les affluences des stades – qui sont très très hautes-, même si les supporters font part de leur mécontentement, même si une partie de la population ne peut plus aller aux stades, les clubs arrivent toujours à les remplir. C’est peut-être cynique, mais les clubs font ce constat : ils augmentent leurs prix, et malgré tout, les affluences restent très fortes. »

O! : Certains clubs en France ou à l’étranger regardent l’Angleterre avec envie malgré cette face sombre que vous avez décrite. Quel serait le modèle économique idéal ?

DP : « Je pense qu’à court terme, c’est impossible de rivaliser avec l’Angleterre. Je suis de ceux qui pensent que cela est dû d’ailleurs à la moindre capacité des clubs français par exemple à dégager les mêmes revenues. Nous n’avons pas les mêmes stades, ni la même culture sportive. Je ne suis pas sûr qu’en France, on accepterait les tarifs en Angleterre. Il faut continuer à travailler avec de meilleures stades, des politiques pour les remplir. En Angleterre, il faudrait suivre peut-être le modèle français dans la capacité à former des joueurs de qualité et avoir une régulation financière plus stricte et plus exigeante. Cela va dans le sens du FPF : empêcher les clubs de vivre à crédit et de fausser pour une part la compétition. »

O! : Doit-on s’attendre à voir ce chiffre d’un milliard d’euros augmenter ?

DP : « Oui. On se demande trop peu pourquoi les sports américains mettent des contraintes aussi fortes sur leurs dirigeants comme des salary cap. En fait, les dirigeants sont toujours prêts à prendre des risques complètement inconsidérés pour pouvoir bien figurer sur le plan sportif. Il ne faut pas laisser une libre concurrence sur le plan économique. Il faut mettre des contraintes fortes. C’est la DNCG en France, c’est le salary cap aux Etats-Unis. Cela commence en Europe avec le FPF. Il faut aller plus loin pour le bien des dirigeants. Car plus il y aura de revenus, plus les dépenses augmenteront et parfois plus vite que les revenus. Je pense qu’une industrie qui repose sur cela ne peut pas vivre éternellement. Les Anglais commencent à s’y mettre. Jusqu’à récemment, c’était impensable de contraindre les clubs. On se disait que le marché fonctionne très bien et que le jour où les clubs sont en déficit, ils disparaissent. Nous n’avons pas cette vision là parce que cela met à mal l’équité d’un championnat. »

 

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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