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Amical : Le décrochage de l’Angleterre

Ce mercredi, l’Angleterre reçoit la Norvège dans un Stade Wembley qui sonnera creux avec seulement 30.000 places vendues sur 80.000. Eliminée dès la premier tour du dernier Mondial, le mal est très profond entre formation défaillante, et absence d’entraineurs d’envergures. Décryptage.

Paul Basse — 3 septembre 2014
Un supporter de l'Angleterre durant le Mondial
Un supporter de l'Angleterre durant le Mondial

L’Angleterre reçoit ce mercredi la Norvège dans un Stade Wembley qui sonnera creux avec seulement 30.000 places vendues sur 80.000. Eliminée dès la premier tour du dernier Mondial, le mal est très profond entre formation défaillante, et absence d’entraineurs d’envergures. Décryptage.

Un fiasco, une déroute, une désillusion : la déliquescence du football de sélection en Angleterre s’est confirmé au dernier Mondial. Depuis 1990, et la défaite en demie face à l’Allemagne de l’Ouest (RFA), les Anglais n’ont atteint qu’une fois le stade des demi-finales d’une compétition internationale, lors de l’Euro 96 à domicile. « [Nos joueurs cette année] ressemblaient à la vieille Angleterre, souligne Alyson Ruud, l’une des plus belles plumes de la presse anglaise. Un peu perdu comme s’ils ne savaient pas qui ils étaient. Ils n’ont pas d’identité. » L’Angleterre a bouclé au Brésil sa pire Coupe du Monde depuis 1958, en Suède : pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, elle s’est arrêté au premier tour de la Coupe du Monde avec un petit point et deux buts marqués. Il n’y a rien de surprenant à vrai dire : la sélection est devenue un cadavre à la renverse, One Direction quand on a été The Clash.

S’il y a deux mois, l’élimination a enflammé la presse et les réseaux sociaux en Angleterre, aujourd’hui, l’indifférence ou les sarcasmes sont de mise. La Premier League a repris ses droits. Le débat et le changement ont été repoussés à plus tard. Le championnat anglais est à la fois le moteur du football national de club et le pire ennemi de la sélection. Revenus et droits télés explosent et ont atteint des records l’an passé. Ces sommes folles ne sont pas reversées à la formation, mais massivement réinvesties sur le marché des transferts. Rares sont les clubs -à l’exception notable de Southampton, Everton, West Ham voire Liverpool- à faire confiance à leur vivier. L’obligation critique de résultats pousse les managers à miser sur le court terme. Pas fou, la plupart d’entre eux iront toujours plus taper à la porte de joueurs confirmés et majoritairement étrangers que de talents locaux issus du centre de formation, forcément pas encore totalement prêt au haut niveau. L’an passé, dix entraineurs ont été écartés de leur poste. Un record autant qu’une manière de comprendre leur courte vue. La FA ne peut d’ailleurs rien contre cela : la Premier League est indépendante et ses intérêts domestiques sont évidemment bien éloignés des considérations de la sélection.

« A une époque, nous avions des joueurs comme Bobby Moore. Aujourd’hui nous avons Phil Jagielka et Gary Cahill »

A la décharge des managers, on notera également que le « pool » de talents anglais n’a jamais été aussi maigre. « A une époque, nous avions des joueurs comme Bobby Moore. Aujourd’hui nous avons Phil Jagielka et Gary Cahill », se lamente un supporter. Aucun joueur si ce n’est peut-être Wayne Rooney (à son meilleur niveau), voire Raheem Sterling ou Daniel Sturridge, ayant disputé le Mondial ne serait titulaire indiscutable et inamovible dans l’un des cinq clubs champions des ligues majeures en Europe*. La génération de joueurs est moyenne certes, et on peut se demander si le fait que seulement 32% des joueurs engagés la saison dernière en Premier League soient anglais est dû au manque d’opportunités donnés aux jeunes ou au talent relatif de certains. « Ce qui nous manque dit Steve, supporter, c’est un joueur de classe mondial comme l’autre là ? Suarez ! Quelqu’un capable de faire la différence sur un geste« .

Dans ce contexte et devant des opportunités limités en Angleterre, l’exode vers l’étranger pourrait être une solution. Il offre la possibilité de se frotter à un autre football, et d’augmenter ses chances de jouer régulièrement. Oui, mais non. Des talents préfèrent cirer le banc et toucher les juteux salaires qu’ils ne toucheront jamais ailleurs. D’autres choisissent de rester sur l’ile plutôt que tenter leur chance comme Ashley Cole ou Micah Richards (Fiorentina) sur le continent. Adam Johnson, après avoir quitté Manchester City, a préféré se rabattre sur Sunderland. De la Ligue des champions à l’enfer du maintien….

Angleterre : Ashley Cole seule d'envergure à jouer à l'étranger, malgré ses 33 ans

Pourtant la fédération (FA) essaye de changer les choses. Mais ses initiatives sont au mieux torpiller -comme le plan d’une Ligue B, porté par le récent président de la Fédération Greg Dyke. D’autres projets prendront  du temps. C’est le cas de St George’s Park, le Clairefontaine anglais qui n’a ouvert ses portes qu’en octobre 2012, après des années d’atermoiements. La FA a claqué entre 120 et 140M€ selon les sources pour le construire. Objectifs : améliorer la formation des coachs et devenir le lieu de rassemblement de toutes les sélections anglaises. Sur le plan du jeu, même si l’Angleterre reste conservatrice au possible, la Fédération a introduit son plan de développer « les capacités techniques, et l’intelligence de jeu » de ses futurs ouailles. Toutes ses sélections joueront de la même façon, comme l’Espagne…qui a adopté le plan il y a bien longtemps.

Seuls sept Anglais occupent un poste d’entraineur en Premier League cette saison. Jamais il n’y en a eu si peu dans l’histoire du championnat. On attend toujours le nouveau Bobby Robson, dernier entraineur de renom anglais, connu mondialement. C’est le sens du plan de la FA de former davantage de cadres techniques.

Mais des écueils demeurent ne serait ce que pour développer les vocations d’entraineur. Il est vrai que se former relève du parcours du combattant. Allemands et Espagnols ont respectivement 5 et 10 fois plus d’entraineurs titulaires de la Licence élite A de l’UEFA (voir ci-dessous) à un coût de formation 14 fois et 6 fois inférieur qu’en Angleterre !

Devenir entraineur en angleterre | Create Infographics

Mis sous pression par une presse omniprésente -et parfois pour ses tabloïds, obsessive et outrancière- certains prennent comme une corvée d’aller en sélection. Interrogé par la BBC, Harry Redknapp, pressenti en 2012 comme sélectionneur, avait avoué que certains joueurs au cours de sa carrière lui avait demandé de faire l’impasse sur les rendez-vous internationaux : « Quand j’étais à Tottenham, quand les matchs internationaux arrivaient, il y avait deux ou trois joueurs qui ne souhaitaient pas jouer pour l’Angleterre. » Pas sûr que ce soit un cas d’école. Néanmoins comme l’écrit Martin Tyler, le meilleur commentateur anglais, le problème vient dès les catégories jeunes : « Les U17 ont été sacrés champions d’Europe [en 2014]  pour la deuxième fois en quatre ans. Après cette catégorie d’âge les autres tournois semblent être une nuisance pour les clubs et parfois pour les jeunes. Les U21 et U20 ont été décimés par des forfait et la chance de construire une mentalité de winner est morte-née. Venir à un Mondial avec un groupe de joueurs n’est pas suffisant, même si la préparation est minitieuse ». Le plan de Greg Dyke et de la FA est de remporter le Mondial 2022. Devant tous ces écueils, Il faudrait un miracle.

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* Les cinq clubs champions : Manchester City en Angleterre, PSG en France, l’Atletico Madrid en Espagne, le Bayern Munich en Allemagne et la Juventus en Italie.

Crédit photo : DR

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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