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Mangala : Un transfert qui pose question

L’international français s’est engagé avec Manchester City. Un transfert controversé par son montant, d’autant que le joueur était détenu en Third-Party Ownership.

Paul Basse — 12 août 2014
Eliaquim Mangala
Eliaquim Mangala

L’international français, Eliaquim Mangala, s’est engagé avec Manchester City. Un transfert controversé par son montant, d’autant que le joueur était détenu en Third-Party Ownership. [hr style= »dotted »]

Eliaquim Mangala est donc officiellement un joueur de Manchester City. Le défenseur central français, 23 ans, s’est engagé pour 5 ans avec le champion d’Angleterre. Juste qu’ici, rien de plus normal pour un joueur au potentiel intéressant, excellent dans les duels, et globalement solide à son poste. Le propos est ailleurs et touche ce transfert particulier par son tarif exorbitant -54M€- et sa méthode. Car Eliaquim Mangala appartenait au FC Porto et à deux fonds d’investissement en Third-Party Ownership (TPO). Selon les chiffres communiqués à la bourse portugaise, 30,5 millions d’euros reviendront à Porto qui détient 57,67% du joueur. Le reste, ces 42,33%, seront versés à deux entreprises : Doyen Sports et Robi Plus. La première compagnie est gérée par le puissant agent portugais Jorge Mendes, bien implanté au Portugal, qui a placé l’attaquant Falcao ou l’entraineur Leandro Jardim à l’AS Monaco. Il est associé à l’ancien directeur exécutif de Chelsea Peter Kenyon au carnet d’adresses bien rempli. Robi Plus serait liée plus ou moins à l’agent Lucien d’Onofrio, condamné dans l’affaire des comptes de l’OM. Les deux fonds d’investissement ont une mission simple : « Fournir une source de financement importante et exponantielle aux clubs de football professionels », peut-on lire sur le site de Doyen Sports.

En clair, Doyen Sports comme Robi Plus fournissent les millions manquants pour boucler une transaction à un club aux moyens limités ou exsangues financièrement. En contrepartie, une entreprise a la possibilité d’obtenir des droits ou un pourcentage sur un joueur. Quand ce dernier est vendu, club et fonds d’investissement se partagent le transfert proportionnellement à leurs investissements. L’Espagne, le Portugal ou l’Amérique du Sud sont les territoires où la pratique est la plus répandue. « [Soit], le fonds investit auprès du club. Logiquement, la transparence est de mise. La deuxième, c’est quand il investit directement auprès du joueur », soulignait Patricia Moyersoen, avocate au barreau de Paris et présidente de l’Association internationale des avocats du football (AIAF). « C’est notamment le cas en Afrique ou en Amérique du Sud. Le tiers lui donne de l’argent et signe un contrat avec lui pour récupérer un pourcentage de ses droits. Dans ce cas, c’est le tiers et non pas le club qui fait la carrière du joueur, ce qui constitue une atteinte complète à sa liberté ».Eliaquim_Mangala_MCFC

Paradis fiscaux, marchandisation

En Angleterre -comme en France- une société ne peut posséder l’intégralité ou une partie des droits d’un joueur évoluant en Premier League. La pratique a été interdite après les transferts de Javier Mascherano et Carlos Tévez à West Ham. Les deux argentins, arrivés à Londres le dernier jour du mercato en 2006, étaient détenus par Media Sports Investment de l’agent Kia Joordachian, alors qu’ils évoluaient au Brésil pour les Corinthians (Sao Paulo).

Certes, dans un championnat aussi déséquilibré que la Liga, le TPO a permis à l’Atletico de rivaliser entre le Real Madrid et le FC Barcelone. Mais difficile de ne pas y voir la marchandisation des footballeurs : « Certains joueurs ne sont tout simplement plus maîtres de leur carrière sportive et soient transférés chaque année pour enrichir ces inconnus avides de l’argent du football. IIs appartiennent de plus en plus souvent à des sociétés opaques basées dans des paradis fiscaux et contrôlées par on ne sait quel agent ou fonds d’investissement », soulignait Michel Platini.

Car Doyen Sports et Robi Plus spéculent sur la valeur des joueurs comme cela se fait pour une entreprise en bourse. Le nombre de buts, les performances sur le rectangle vert, les notes dans le journal local et l’intérêt d’autres équipes sont les variables qui valorisent ou dévalorisent un joueur sur le marché. La FIFA ne s’est pas encore saisie du problème malgré les objections de Platini au congrès de la FIFA ou le lobbying anti-TPO du patron de la Premier League Richard Scudamore.

Le talent d’Eliaquim Mangala est indubitable. Ce transfert lui offre une exposition plus large dans le meilleur championnat du monde et au sein d’un club riche, ambitieux et champion en titre. La pancarte transfert très très cher l’étreint aujourd’hui. A lui de s’en défaire.

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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