Le site 100% foot anglais en direct d'Angleterre

Fernando Torres : Un roi devenu quelconque

Lorsqu’il a signé à Chelsea il y a 3 ans, on attendait de Fernando Torres qu’il enfile les buts. Ça n’a pas été le cas. Buteur dans les grands matchs, mais fantomatiques dans les autres : l’Espagnol est un paradoxe. Tentative d’explication d’un mystère.

Paul Basse — 30 juillet 2014
Fernando Torres - Chelsea
Fernando Torres - Chelsea

Une expression bien anglaise, lancée par Winston Churchill, semble s’appliquer à Fernando Torres : « Un mystère dans une énigme » (A mystery inside an enigma). L’Espagnol, qui a tout gagné en carrière, semble avoir perdu son football depuis trois ans de manière spectaculaire et préoccupante. Aujourd’hui, El Niño est le sujet de blagues des supporters des autres équipes. Il évoque la compassion de ceux de Chelsea quand il ne les irrite pas. Dans des airs un peu vieux con, on peut se rappeler le temps où Torres terrorisait les défenses de Premier League à Liverpool. Il le disait lui-même dans So Foot, il était « le roi ». Ses stats et son impact sur le jeu faisaient de lui l’arme numéro 1 des Reds et l’idole d’Anfield. Mais ça, c’était avant.

Avant qu’il ne troque le Red pour les Blues lors du mercato d’hiver 2010-2011 pour le transfert le plus cher de l’histoire entre deux clubs anglais. 60 millions d’euros, comme autant de billets qui pèsent lourdement sur ses épaules.  En 2010, Torres est titulaire à Liverpool mais on le sent contrarié. Son mentor, Rafael Benitez, vient de quitter le club l’été précédent, et c’est Roy Hodgson qui débarque avec dans ses bagages les inoubliables Paul Konchesky et Milan Jovanovic. Fernando Torres demande son transfert et froisse Liverpool en justifiant son départ par sa volonté de « rejoindre une équipe qui veut gagner des titres chaque année ». Il ne sait pas en ce mois de janvier 2011, froid et pluvieux, que ce transfert va le plonger dans une crise de confiance et de buts dont il n’est toujours pas sorti.

Tout déraille à Chelsea dans son jeu. Son arrivée pousse Carlo Ancelotti à bouleverser son système. Nicolas Anelka est testé en numéro 10. Sans réussite. Mais Ancelotti n’a pas le choix : Torres est le caprice de Roman Abramovitch qu’il faut faire jouer, tant pis pour la cohérence de l’équipe. Chelsea finit 2e. Ancelotti est lourdé. Torres connaitra quatre entraineurs chez les Blues par la suite, autant de systèmes, tactiques et affinités à apprendre et oublier. Ça se passe comme ça chez les Blues. Après tout, comme disait André Villas-Boas, l’un de ses entraineurs, « à Chelsea, virer un entraineur est comme une journée ordinaire au bureau ».

Fernando Torres - Livepool - Chelsea

Pourtant, il accumule les titres

Même Benitez qu’il retrouve à Chelsea quand celui-ci effectue une pige (Novembre 2012 – Mai 2013) chez les Blues ne parvient à le sortir de l’ornière. Il avait d’ailleurs été recruté en partie pour ça : maximiser son talent en lui donnant confiance et stabilité avec un entraineur qu’il connait et qui le connait par coeur. Ce sera un échec. Pourtant, Torres a considérablement étoffé son armoire à trophée à Stamford Bridge. Et pas qu’un peu : une Ligue des champions, une Cup, une Ligue Europa. Tant et si bien qu’à part un championnat national, il a soulevé tous les trophées les plus prestigieux en club et en sélection. Un vrai paradoxe, d’autant que dans certains grands matchs, il a su faire la différence. A Barcelone, en 2012, c’est lui qui marque le deuxième but des Blues et qui donne la qualification pour la finale à son équipe. Il termine meilleur buteur de l’Euro la même année. Plus récemment, en octobre 2013, face à Manchester City, il inscrit le but décisif à Stamford Bridge.

Ce jour-là, il avait montré ce qui constituait Fernando Torres : un attaquant opportuniste, rapide, et puissant. Ces qualités, le buteur semble les avoir perdues. On sent aussi une forme de blocage après une pluie de ratés flagrants. Il joue au plus au haut niveau depuis ses 17 ans, et ses problèmes récurrents au genou et aux ischio-jambiers lui ont fait perdre sa vélocité qui lui permettaient d’avoir toujours quelques centimètres d’avance sur ses adversaires. Un avantage qui pesait 172 buts en 385 matchs avec l’Atletico et Liverpool, lors de la décennie qui précédait son arrivée dans le club londonien. « L’important, c’est aussi l’animation offensive. Il court beaucoup, et il attire  les défenseurs. C’est un super professionnel. Il travaille tous les matins en salle. Il ne lâche rien, et il ne lâchera pas. Entre le Torres qui marquait à Liverpool, et celui qui a des difficultés à marquer aujourd’hui il y a peut-être une explication qui n’est pas simplement inhérente à lui-même, il faut peut-être aller chercher plus loin. Mais il reste un danger permanent », nous disait Christophe Lollichon avant le match Chelsea/PSG au printemps.

La carrière de Torres | Create Infographics

Torres restera-t-il à Chelsea une saison encore ? Un départ vers son club formateur, l’Atletico, -où il est une idole- un temps évoqué ne semble plus d’actualité : « Oui il fait partie de mon projet. C’est un bon joueur », indiquait José Mourinho à Sky Sports en mai, au terme de la saison. « Je dirai toujours la même chose : Fernando est le type de joueur qui ne marque pas sur une demi-occasion. Il n’est pas le genre de joueur qui marque but sur but. Mais c’est un joueur que j’aime par la manière dont il travaille pour l’équipe, qu’il bouge, qu’il contribue à l’équipe. Il est respecté au club. Nous sommes heureux de l’avoir une saison de plus. Il n’y a pas de problèmes ».

Cela n’a pas empêché Mourinho depuis de faire revenir Didier Drogba. L’attaquant ivoirien ne part pas titulaire, mais il sera dans l’ombre de Torres. Le champion du monde a toujours été en concurrence, toujours comparé, toujours éclipsé par DD. Pas facile pour la confiance. Pour la saison à venir, El Niño devra composer avec Diego Costa, à moins d’un départ pour un club capable de payer son salaire (13M€ annuel). Torres  sera second couteau ou troisième attaquant en ayant tout raflé en 13 ans de carrière. Et on se demande ce qui pourrait le pousser à se dépasser.

[hr style= »dotted »]

Crédit photo : Nigel Wilson &  Dean Mouhtaropoulos

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

Vous Aimerez Aussi