Le site 100% foot anglais en direct d'Angleterre

Bouchet : « Dans la rue, les gens me disent que j’ai vendu Drogba à Chelsea »

10 ans après son départ de l’OM, Didier Drogba revient à Chelsea. Plutôt que retracer l’histoire bien connue, on a décidé de prendre les choses à l’envers. Le président phocéen de l’époque, Christophe Bouchet (2002-2004), se remémore pour Offside ! Didier Drogba qu’il a recruté puis vendu. Interview sur ce moment qui change tout pour l’OM, Drogba et Chelsea, entre offre refusée de la Juve et chimère d’appâter Samuel Eto’o.

Paul Basse — 28 juillet 2014
Didier Drogba - Chelsea
Didier Drogba - Chelsea

Dix ans quasiment jour pour jour après son départ de l’OM, Didier Drogba revient à Chelsea . Il retrouve José Mourinho, celui qui avait fait aligner à Roman Abramovitch 33M€ le 20 juillet 2004. Une folie à l’époque vue d’ici, en Angleterre, un jour de tristesse à Marseille. Plutôt que retracer l’histoire bien connue, on a décidé de prendre les choses à l’envers. Le président phocéen de l’époque, Christophe Bouchet (2002-2004), se remémore pour Offside ! Didier Drogba qu’il a recruté (à prix réduit) puis (bien) vendu. Interview dans le rétro sur ce moment qui change tout pour l’OM, Drogba et Chelsea, entre offre refusée de la Juve et chimère d’appâter Samuel Eto’o.

[hr style= »dotted »]

Offside ! : Ça vous ennuie si on dit de vous que vous êtes l’homme qui a vendu Drogba ?
Christophe Bouchet : « Non parce que je dis souvent que c’est moi qui l’ai vendu, mais c’est aussi moi qui l’ai acheté. Vous savez, je croise encore des gens dans la rue qui me disent que j’ai vendu Drogba. Oui, je suis celui qui l’a vendu mais aussi celui qui a permis au club de se redresser. Il faut penser à l’ensemble du dossier. »

O! : Lorsqu’il arrive de Guingamp pour six millions d’euros, vous vous dîtes tenir un phénomène ?
C.B : « On savait qu’il avait fait une très belle saison à Guingamp. Maintenant, évidemment, le doute subsistait quand à sa capacité à devenir l’attaquant de classe mondiale qu’il est devenu les deux années suivantes, à l’OM puis à Chelsea. On savait qu’il avait énormément de talent surtout conjugué à Malouda. Il pouvait devenir intéressant. Mais on n’a pas pu faire Malouda. Il n’y avait que deux clubs qui étaient vraiment sur lui : l’Olympique de Marseille et Lyon. Mais ça n’a pas été difficile de convaincre Didier, il était vraiment intéressé par la ville et le club. »

O! : Pourtant, ça ne commence pas facilement. Il a un peu de mal. Mais très vite il s’adapte et on se rend compte qu’il est au-dessus surtout en Ligue des champions et en UEFA…
C.B : « Oui, c’est bien de rappeler aussi qu’à l’époque la vedette de l’OM, ce n’est pas censé être lui. C’est un autre attaquant, l’égyptien Mido qui doit être la vedette présumée du club pour la saison à venir. Mais très vite, Didier Drogba s’impose grâce à sa puissance. Il arrive à faire bouger les défenses, et il fait un parcours remarquable en Coupe d’Europe. Il se passe ces moments magiques qui restent dans la tête des Marseillais, ça dure pendant 6 mois jusqu’à la finale de la Coupe de l’UEFA. Il y avait une vraie communion autour des joueurs dont Didier était, on peut le dire, le meilleur. Il nous a menés loin, et on perd sur une dernière erreur de notre gardien (NDLR : Fabien Barthez). Mais il était vraiment le meneur, celui qui a fédéré un groupe. C’est quelqu’un qui était capable de rassembler les joueurs et qui donnait du plaisir aussi. Il avait cette façon de jouer, quelque chose de très Marseillais, spectaculaire. Ça a plu à tout le monde. »

Tout le monde pensait que la vedette allait être Mido

O! : Est-ce que les offres pleuvent après sa saison ?
C.B : « C’est bon de le rappeler, mais les offres ne pleuvent pas à cette époque-là. On reçoit une première offre de la Juve de 20 millions d’euros qu’on refuse parce qu’on se dit que sauf offre importante, ça ne sert à rien de lâcher un joueur comme Didier. Puis vient ce qu’on peut appeler une offre hors-marché, celle de Chelsea. Didier le dit lui-même il n’est pas très chaud pour y aller à cause de la façon dont il s’était adapté à ce nouveau club et l’amour qu’il avait pour l’OM. Il n’était pas très favorable, mais pour l’OM c’était quelque chose de significatif, d’important, d’avoir une offre hors-marché et de pouvoir préparer l’avenir. »

Drogba - OM

O! : Est-ce qu’il vous dit franchement : « non, j’ai envie de rester à Marseille » ?
C.B : « Non, ce n’est pas aussi simple que cela parce que c’est un garçon poli et bien élevé ce qui est rare dans le monde du football. Didier avait la même appréhension que nous les dirigeants du club. Il s’est passé quelque chose à Marseille avec lui, évidemment il a envie de rester, évidemment on a envie qu’il y reste. Puis il y a cette offre. Tout aurait été plus simple si l’offre était resté dans les clous du marché. Après il savait que sa vie allait changer, que son train de vie allait changer, qu’il allait être bien payé. C’était évidemment un moment douloureux parce que c’était LE joueur du club. »

Pour le remplaçer, on recrute Peguy Luyindula

O! : Qui prend la décision, vous ou Robert Louis-Dreyfus ?
C.B : « Non, c’est moi. L’actionnaire de l’époque, Robert, aurait pu s’y opposer et dire “Non, on garde Didier”. Il ne l’a pas fait. C’est moi en tant que président du club et soucieux de l’avenir de l’OM. La santé financière du club était périlleuse à l’époque. C’était mon devoir de le faire. »

O! : Vous prendriez la même décision aujourd’hui ? Quelques mois après vous quittez le club…
C.B : « Les deux [son départ et le transfert de Drogba] ne sont pas vraiment liés. Même si on m’a reproché d’avoir vendu Didier Drogba. Rétrospectivement, les faits m’ont donné raison. Il a fait une très belle carrière qu’il n’aurait peut-être pas faîte à l’OM. Marseille a pu obtenir cette stabilité qui a permis de construire les succès à venir et qui ont permis de réduire les déficits. Si on avait su que pendant 10 ans, Drogba aurait été le joueur qu’il a été, évidemment…. Mais avec des “si » vous savez… »

O! : Il nous a été dits qu’à son départ, vous aviez dans l’idée d’aller prendre un gros poisson plutôt que Luyindula….
C.B : « A l’époque, nous recrutons Pegguy Luyindula pour le remplacer. Mais Robert et moi, nous avions évoqué l’idée de recruter Samuel Eto’o. Malheureusement, contrairement à ce qui se disait, Eto’o s’était déjà mis d’accord avec le FC Barcelone depuis très longtemps. La transaction Barcelone/Madrid était très compliquée. Mais je pense que ce n’était juste qu’un leurre. Samuel Eto’o était beaucoup plus cher que maintenant. Il était hors de propos et hors-marché pour l’Olympique de Marseille. »

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

Vous Aimerez Aussi