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« Mon père, le fantôme de White Hart Lane »

Vous connaissez la lose ? Elle s’appelle Tottenham depuis des décennies. Comment pourrait-elle être incarnée autrement que par John White, l’un des grands espoirs du football écossais, mort frappé par la foudre à 27 ans ? Récit d’une légende des Spurs par son fils.

Paul Basse — 26 juillet 2014
John White - Tottenham
John White - Tottenham

Vous connaissez la lose ? Elle s’appelle Tottenham depuis des décennies. Comment pourrait-elle être incarnée autrement que par John White, l’un des grands espoirs du football écossais, mort frappé par la foudre à 27 ans ? Récit d’une légende des Spurs par son fils.[hr style= »striped »]

21 juillet 1964, Londres : C’est jour de reprise pour Tottenham. Une reprise tranquille, et très désorganisée : la photo officielle de l’équipe est prise d’un côté. Dave MacKay aligne les longueurs de l’autre pour retrouver la forme après sa fracture de la jambes. Des écoliers patientent à l’entrée, dans l’espoir de voir s’ouvrir les portes du stade, et alpaguer l’un de leurs héros.

Après l’entrainement, mon père se décide à aller jouer au tennis avec Terry Medwin sur le court intérieur à Cliff Jones. Il avait toujours un peu de peps pour aller taper la balle après l’entrainement. Aussi, Terry avait besoin de lui pour l’aider dans sa reprise, il revenait également de blessure.

Mon père a aussi eu envie de jouer au golf. Mais, avant, il devait rentrer à la maison récupérer ses nouvelles chaussures. Le ciel était sombre et même s’il n’avait personne pour l’accompagner, il s’est convaincu d’y aller seul. Ce sera le point de départ vers un enchainement d’événements qui mèneront à un incident improbable : un orage qui laissera ma mère veuve à 21 ans, et qui fera voler en éclats les Spurs comme un avion en plein vol. Il était le facteur décisif de l’équipe de Bill Nicholson. Dann Blanchflower arrivait sur la fin. Bill venait de dire à mon père qu’il allait construire le nouveau Tottenham autour de lui. Cette tempête, cet après-midi, a été l’un des tournants de l’histoire du club.

John White - Tottenham

Cette semaine marque les 50 ans de ce jour. Si on voulait faire dans l’humour noir, on pourrait se dire que le décès de John White, mort jouant au golf, frappé par la foudre alors qu’il se réfugiait sous un arbre, est la manière la plus Spurs de nous quitter. Il y aussi une certaine ironie de situation : mon père était surnommé The Ghost (Le Fantôme). A cause de sa dégaine pâle et la manière dont il jouait. Il était le genre de joueur en avance sur son temps. Les supporters le remarquaient à peine, circonspects devant sa manière de jouer. Les défenseurs ne le comprenaient pas plus quand il dribblait. Il était impossible à marquer.

Quand cela s’est passé, je n’avais que cinq mois, ce qui est une grande frustration. J’étais là mais trop jeune pour savoir quoi que ce soit sur lui, le voir jouer, être capable d’observer ce talent unique, pas seulement à travers des vidéos courtes de British Pathé (NDLT : équivalent de l’INA). Mais je sais, de ce que les gens m’ont dit, et à partir des écrits sur lui, qu’il était modeste, généreux, dévoué, espiègle et apprécié. Il avait cette irrépressible joie de vivre. Quand ils parlent de lui, les gens qui le connaissaient ont toujours le sourire. Plus jeune, j’avais toujours cette sensation étrange que mon père était toujours avec moi, un esprit à qui je pouvais tout demander. Grandir a fait que j’avais moins besoin de cette sécurité. Depuis que j’ai écrit sur lui dans Le Fantôme de White Hart Lane, je sens moins sa présence. En y réfléchissant, je me suis dit que ce bouquin avait peut-être chassé Le Fantôme.

Quand je travaillais sur mon livre, je suis allé à Gullane en Ecosse, le pays de mon père, pour me faire un golf, seul. La réceptionniste m’a demandé mon numéro de portable. Quand je lui aie demandé pourquoi, elle me répondit : « C’est juste en cas d’urgence disons si vous êtes frappé par la foudre ». Il n’y a pas de réponse à cela.

John White (Tottenham) à White Hart Lane

John White faisait partie de la génération dorée de joueurs écossais. Il était l’un des meilleurs milieux de terrain du 20e siècle. Les Spurs avait payé 20.000£ (24.000€ environ) à Falkirk en 1959. Je me demande ce qu’il vaudrait si le Real venait le recruter aujourd’hui. L’aurais-je aimé ? Tout le monde l’aurait aimé ? J’ai un avis biaisé, bien sûr. Je ne pense pas à lui comme un joueur moderne. Il est hors du temps. Comme un Cruyff, un Best, un Pelé : il était le type de joueur autour duquel on construit une équipe. Il n’était pas un composant mais une pièce originale, unique et irremplaçable. Il devrait y avoir un White dans ce panthéon si seulement il n’avait pas été fauché, à tout juste 27 ans, en pleine progression.

C’est facile de placer sur un piédestal nos morts, juste pour se consoler. Mais 50 ans après, mon père reste tenu en haute estime par ces hommes et ces femmes qui lèvent la tête, et regardent son image sur les écrans de White Hart Lane. Parmi ces 35.000 spectateurs, la plupart n’était pas née pour se lever et saluer John White, qui pour eux n’est qu’un fantôme dans le ciel.

Rob White

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La biographie complète de John White est disponible. Vous pouvez suivre sur Twitter Rob White & Julie Welch.

Crédit photo : Rob White

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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