Le site 100% foot anglais en direct d'Angleterre

Pourquoi les Anglais ne jouent pas à l’étranger ?

Les joueurs anglais n’ont pas l’habitude de jouer à l’étranger. Décryptage d’un phénomène unique ou presque en Europe.

Paul Basse — 15 juillet 2014
AshleyCole - ASROMA Officiel
AshleyCole - ASROMA Officiel

Ashley Cole ne rejouera sans doute jamais en Premier League. Le latéral gauche anglais est Romain. La formation de Rudi Garcia a réalisé un joli coup en recrutant celui qui restera, sans doute, comme le meilleur arrière gauche de l’histoire du football anglais.Roberto Carlos l’avait adoubé pour devenir son successeur à Madrid, sans que le joueur de Chelsea n’ait finalement cédé aux sirènes du Real. Un saut dans l’inconnu qu’Ashley Cole a fait sur le tard mais qui pose une question. Pourquoi les footballeurs anglais refusent de tenter une expérience à l’étranger ? Difficile de dire que ce soit le trait commun d’une nation. 5,5 millions de Britanniques vivent loin de leur pays : ce qui représente environ 10% de la population.

A la dernière Coupe du Monde, seul Fraser Forster n’évoluait pas en Premier League. Et encore, ce dernier jouait en Ecosse.Pourquoi un tel isolement, unique dans le football européen ? C’est selon : le confort ou la paresse. « Les joueurs anglais ont probablement peur de partir à l’étranger. Ils sont dans leur zone de confort en Angleterre« , révelait Ashley Cole lors de sa présentation à l’AS Roma.

La Premier League est le meilleur championnat de la planète (grands joueurs, grands clubs, stades pleins, public fervent), et aussi le plus « bankable » en termes marketing, capable de générer comme l’an passé 3,2 milliards d’euros de revenus. « Ce championnat, c’est ce qui se fait de mieux. Tous les week-ends, le rythme est élevé, les matchs sont difficiles. Les mecs sont toujours à fond » racontait Mathieu Debuchy avant de signer à Newcastle en janvier 2013. Jouer en Angleterre, c’est autant la garantie pour un joueur d’un salaire confortable -et de retombées en sponsoring considérables- couplé à une exposition (mondiale) maximale. Aucun championnat ne peut se targuer d’avoir une telle visibilité : Combien de fois sommes-nous restés scotchés devant un Stoke City/West Bromwich à 12h45 à l’intérêt très relatif, si ce n’est pour les buts, les chants, et un peu de vie.

Des joueurs hors d’atteinte

Fort de cette puissance financière, aucun club européen si ce n’est le gratin du football continental ne peut s’aligner sur les salaires des footballeurs anglais, même pour les joueurs moyens. Les Anglais sont tellement peu nombreux en Premier League (32% au total) que les supporters s’en attachent, et qu’ils deviennent des idoles indispensables au service commercial, question de proximité. Tout est à disposition ici : Rester dans son pays, proche de sa famille, jouer dans des stades pleins avec un salaire incomparable. Difficile de faire mieux qu’on soit titulaire ou remplaçant. D’où les choix de certains joueurs de préférer l’enfer du maintien ou les divisions inférieures ici, à la perspective au haut de tableau à Valence, Leverkusen ou à la Fiorentina, qu’importe si le football proposé est attrayant.

Crédit : Joscarfas/Flickr

Crédit : Joscarfas/Flickr

Pour autant, la demande n’est pas non plus très forte. Aucune star anglaise n’est vraiment convoitée. Le temps où on annonçait Frank Lampard à Barcelone ou Wayne Rooney au Real Madrid est révolu. Peut-être parce qu’ils sont trop chers en salaire et en transfert, peut-être parce que la nouvelle génération n’est tout simplement pas suffisamment bonne ? On peut aussi prendre en compte la loyauté de certains, attaché à leur club formateur ou de coeur.

Chez les jeunes, Jérémie Boga (Français, Chelsea FC), Lucas Piazon (Brésilien, Chelsea FC), Féderico Macheda (Italien, Manchester United) ont tous pour trait commun d’avoir été recruté très jeunes par les meilleurs clubs anglais, avec des fortunes diverses à l’arrivée. L’inverse est rareté. Dale Jennings a bien été arraché par le Bayern Munich à Tranmere en 2011. 2 ans après, il est retourné en Angleterre à Barnsley.

Crédit : DR

Crédit : DR

La peur de l’échec, la difficile intégration, l’hyper timidité anglaise, la difficulté à apprendre une langue étrangère sont autant de facteurs qui les poussent à rester dans leur zone de confort. « Ca nous a pris du temps pour exporter des joueurs, indiquait Fernando Torres au magazine So Foot. C’est parce que nous avions peur, peur l’inconnue. C’est ce qu’il se passe avec les Anglais. […] Quand Xabi Alonso, Reina, Arbeloa et Fabregas sont partis en Angleterre nous sommes devenus plus compétitifs ». D’autant que Chris Waddle (Marseille, 1989-1992), Gary Lineker (FC Barcelone, 1986-1989), Glenn Hoddle (AS Monaco, 1987-1991), Steve McManaman (Real Madrid, 1999-2003) ont clairement réussi loin de leur base.

Le triplé de Lineker contre le Real Madrid en 1987

La tendance n’est pas vraiment au changement. Même si le cas Gareth Bale pourrait rabattre les cartes. Le Gallois aurait pu rester en Premier League, devenir le joueur le mieux payé au monde. Il y a un an, l’ancien milieu offensif de Tottenham voulait avant tout signer pour l’un des plus grands clubs au monde, et tester ses limites au Real Madrid. Le 24 mai dernier, il a soulevé la Ligue des champions. Un cas unique qui commence peut-être enfin à faire réfléchir.

[hr style= »dotted »]

Crédit photo : ASRoma.it

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

Vous Aimerez Aussi