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Coupe du Monde : L’Angleterre va-t-elle mourir ?

Sortie par la petite porte, l’Angleterre finit ce mardi face au Costa Rica sa pire Coupe du Monde depuis 1958. L’avenir de la sélection semble bien sombre.

Paul Basse — 23 juin 2014
Un supporter de l'Angleterre durant le Mondial
Un supporter de l'Angleterre durant le Mondial

Un fiasco, une déroute, une désillusion : la déliquescence du football de sélection en Angleterre se confirme. Depuis 1990, et la défaite en demie face à l’Allemagne de l’Ouest (RFA), les Anglais n’ont dépassé qu’une fois les quarts de finale d’une compétition internationale, lors de l’Euro 96 à domicile. « [Nos joueurs cette année] ressemblaient à la veille Angleterre, souligne Alyson Ruud, l’une des plus belles plumes de la presse anglaise. Un peu perdu comme s’ils ne savaient pas qui ils étaient. Ils n’ont pas d’identité. » L’Angleterre bouclera ce mardi sa pire Coupe du Monde depuis 1958, en Suède : pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, elle s’arrête au premier tour d’un Mondial avec un petit point et deux buts marqués. Il n’y a rien de surprenant à vrai dire : la sélection est devenue un cadavre à la renverse, One Direction quand on a été The Clash.

Mais si aujourd’hui l’élimination enflamme la presse et les réseaux sociaux en Angleterre, dans moins de deux mois, la Premier League reprend ses droits. Le débat et le changement seront repoussés à plus tard. Le championnat anglais est à la fois le moteur du football national de club et le pire ennemi de la sélection. Revenus et droits télés explosent et ont atteint des records l’an passé. Plus d’argents signifient plus de facilité sur le marché des transferts. Mais rares sont les clubs -à l’exception notable de Southampton, Everton, West Ham voire Liverpool et Manchester United- qui font confiance à leur vivier. L’obligation critique de résultats pousse à miser sur le court terme. Pas fou, la plupart des entraineurs iront toujours plus taper à la porte de joueurs confirmés, étrangers que de talents locaux issus du centre de formation et forcément pas encore totalement prêt au haut niveau. L’an passé, dix entraineurs ont été écartés de leur poste. Un record autant qu’une manière de comprendre leur courte vue. La FA ne peut d’ailleurs rien contre cela : la Premier League est indépendante et ses intérêts domestiques sont évidemment bien éloignés des considérations de la sélection.

A la décharge des managers, on notera également que le « pool » de talents anglais n’a jamais été aussi maigre. « A une époque, nous avions des joueurs comme Bobby Moore. Aujourd’hui nous avons Phil Jagielka et Gary Cahill », se lamente un supporter. Aucun joueur si ce n’est peut-être Wayne Rooney, voire Raheem Sterling ou Daniel Sturridge, ayant disputé les rencontres face à l’Italie ou l’Uruguay ne serait titulaire indiscutable et inamovible dans l’un des cinq clubs champions en Europe*. La génération de joueurs est moyenne. On peut se demander si le fait que seulement 32% des joueurs engagés la saison dernière en Premier League soient anglais est dû au manque d’opportunités donnés aux jeunes ou au talent relatif de certains. « Ce qui nous manque dit Steve, supporter, c’est un joueur de classe mondial comme l’autre là ? Suarez ! Quelqu’un capable de faire la différence sur un geste« .

« A une époque, nous avions des joueurs comme Bobby Moore. Aujourd’hui nous avons Phil Jagielka et Gary Cahill »

Dans ce contexte et devant des opportunités limités en Angleterre, l’exode vers l’étranger pourrait être une solution. Il offre la possibilité de se frotter à un autre football, et d’augmenter ses chances de jouer régulièrement. Oui, mais non. Des talents (Jack Rodwell, Scott Sinclair, etc.) préfèrent cirer le banc et toucher leurs juteux salaires. D’autres choisissent de rester sur l’ile. Adam Johnson, après avoir quitté Manchester City, a préféré se rabattre sur Sunderland. De la Ligue des champions à l’enfer du maintien….

Pourtant la fédération (FA) essaye de changer les choses. Mais ses initiatives sont au mieux torpiller comme le plan d’une Ligue B, largement rejetée, et porté par le récent président de la Fédération Greg Dyke. D’autres projets prendront  du temps. C’est le cas de St George’s Park, le Clairefontaine anglais qui n’a ouvert ses portes qu’en octobre 2012, après des années d’atermoiements. La FA a claqué entre 120 et 140M€ selon les sources pour le construire. Objectifs : améliorer la formation des coachs et devenir le lieu de rassemblement de toutes les sélections anglaises. Sur le plan du jeu, même si l’Angleterre reste conservatrice au possible, la Fédération a introduit son plan de développer « les capacités techniques, et l’intelligence de jeu » de ses futurs ouailles. Toutes ses sélections joueront de la même façon, comme l’Espagne…qui a adopté le plan il y a 15 ans.

Seuls 6 Anglais débuteront la saison au poste d’entraineur en Premier League. Jamais il n’y en a eu si peu dans l’histoire du championnat. On attend toujours le nouveau Bobby Robson, dernier entraineur de renom anglais, connu mondialement. C’est le sens du plan de la FA. Mais des écueils demeurent ne serait ce que pour développer les vocations d’entraineur. Il est vrai que se former relève du parcours du combattant. Allemands et Espagnols ont respectivement 5 et 10 fois plus d’entraineurs titulaires de la Licence élite A de l’UEFA à un coût de formation 14 fois et 6 fois inférieur qu’en Angleterre !

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Mis sous pression par une presse omniprésente et parfois pour ses tabloïds, obsessive et outrancière, certains prennent comme une corvée d’aller en sélection. Interrogé par la BBC, Harry Redknapp, pressenti en 2012 comme sélectionneur, a avoué que certains joueurs au cours de sa carrière lui avait demandé de faire l’impasse sur les rendez-vous internationaux : « Quand j’étais à Tottenham, quand les matchs internationaux arrivaient, il y avait deux ou trois joueurs qui ne souhaitaient pas jouer pour l’Angleterre. » Pas sûr que ce soit un cas d’école. Néanmoins comme l’écrit Martin Tyler, le meilleur commentateur anglais, le problème vient dès les catégories jeunes : « Les U17 ont été sacrés champions d’Europe [en 2014]  pour la deuxième fois en quatre ans. Après cette catégorie d’âge les autres tournois semblent être une nuisance pour les clubs et parfois pour les jeunes. Les U21 et U20 ont été décimés par des forfait et la chance de construire une mentalité de winner est morte. Il ne suffit pas de venir à un Mondial avec un groupe de joueurs même si la préparation est minitieuse ». Le plan de Greg Dyke et de la FA est de remporter le Mondial 2022. Devant tous ces écueils, Il faudrait un miracle.

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* Les cinq clubs champions : Manchester City en Angleterre, PSG en France, l’Atletico Madrid en Espagne, le Bayern Munich en Allemagne et la Juventus en Italie.

Crédit photo : DR

Paul Basse

Fondateur d'Offside ! Spécialiste de Chelsea FC. Grand amateur de Vine.

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